Saint-Quentin 14-18 >

Les loisirs allemands sous l'occupation - l'hôtel de ville

Version mobile
English

Les loisirs allemands sous l'occupation - l'hôtel de ville

Date : janvier 17 - Léopold et Anelie évoquent tous deux la place de l'hôtel de ville, symbole de l'occupation allemande et lieu de distraction pour la troupe.

Partager sur Twitter Partager sur Facebook Envoyer par e-mail
Janvier 1917
Sous l'occupation, Saint-Quentin vit à l'heure allemande au propre comme au figuré. Les horloges doivent afficher l'heure de Berlin. Les drapeaux prussiens flottent partout en ville. Les enseignes et magasins se germanisent. La place de l'hôtel de ville est le symbole de ce pouvoir omniprésent. Siège de l'autorité allemande avec ses deux Kommandanturs, c'est aussi un lieu de distraction pour les troupes occupantes grâce notamment au théâtre qui réchappera miraculeusement, tout comme l'Hôtel de ville, aux bombardements alliés.
Vers 11 heures ce matin, je suis encore tombé sur la relève de la garde, Place de l'Hôtel de ville. J'ai horreur de cette cérémonie musicale qu'on nous impose tous les jours depuis le début de l'occupation. Sans compter que depuis la fin de l'année 1915, les Allemands nous gratifient d'un second concert journalier, toujours sur la place, l'après-midi à 15 heures. En cercle, une trentaine de musiciens nous assomment de musique militaire quand ils n'éreintent pas des airs populaires de chez nous dont la partition a été abandonnée par l'infanterie française lors de sa retraite.
A dire vrai, plus encore que les flonflons martiaux de l'occupant c'est le violent mépris avec lequel il traite la population durant ces interludes ronflants. Il ne souhaite visiblement pas qu'elle y assiste et à peine ralentit-on le pas, tout indifférent qu'on soit à leur fanfare, qu'un gendarme accoure pour vous déloger. La place de l'Hôtel de ville est à eux décidément. Il n'est qu'à voir le théâtre qui nous est pareillement interdit. Depuis le printemps 1916, transformé en cinéma, il est réservé à la troupe à qui on offre 6 séances quotidiennes pour tâcher de lui remonter le moral.
J'ai imaginé Ludwig cet après-midi parmi ces soldats qui quittaient hilares le cinéma. Ils étaient pas moins de 2000 rentrés deux heures plus tôt, pour un moment de délassement, fatigués et penauds, hagards pour certains, harassés par les combats. Visiblement ragaillardis à leur sortie, ils sont tombés nez à nez avec une colonne de prisonniers franco-anglais totalement sidérée par la jovialité apparente de l'ennemi. Quel contraste tristement saisissant ! Et pourtant, les nôtres ont vu tellement d'atrocités que certains préfèrent parfois en finir en se pendant ou se jetant dans le canal.
Retour haut de page