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Le ravitaillement des civils - Place Gaspard de Coligny

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Le ravitaillement des civils - Place Gaspard de Coligny

Date : avril 1915 - Au marché, alors qu'il peine, comme quotidiennement, à se ravitailler, Léopold croise Anelie pour la première fois.

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Avril 1915
Bâties en 1893, les halles municipales sont pendant la Grande Guerre l'un des 18 points de ravitaillement de Saint-Quentin. Durant toute la durée du conflit, l'approvisionnement alimentaire est un problème crucial touchant aussi bien les civils que l'armée allemande.
Point de distribution pour tout centre ville, les halles sont un bâtiment métallique aussi fonctionnel qu'élégant. Les bombardements alliés le réduiront à un squelette d'acier. Restaurées après guerre, elles sont détruites en mai 1970, un an avant les halles parisiennes Baltard, à l'architecture similaire.
J'étais encore aux Halles ce matin. Comme hier. Et tous les jours que Dieu fait depuis le début de cette maudite guerre. La nourriture est définitivement la préoccupation numéro un à Saint-Quentin. On voit chacun, bourgeois ou ouvrier, courir le filet à la main dans l'espoir de dénicher une maigre pitance. Car la famine menace. Deux mois au moins que je n'ai pas vu de viande. Et rares sont les oeufs ou le beurre sur l'étal des ravitailleurs. Les quelques denrées disponibles - du riz, des haricots ou du saindoux - sont de plus en plus chères et la maigre allocation journalière de 40 centimes donnée par la mairie n'autorise aucun miracle. Bien souvent je me contente de pain noir. Du reste immangeable.
Seule petite nouveauté ce matin au marché, une nonne que je n'avais jamais croisée. Une Allemande. Jeune visiblement. Une infirmière sans doute. Elle avait l'air bouleversée sous sa coiffe, perdue dans la contemplation de cet incessant ballet d'indigents, moins indifférente que ses compatriotes à notre infortune quotidienne. Pour une fois qu'un boche semble se soucier de notre sort...
Ces pauvres étals sont presque aussi vides qu'hier et sans doute moins encore que demain. Il y a trois jours des femmes se sont battues ici tant elles étaient légion pour quelques rares patates. Je sors de la cantine militaire. La situation n'est y guère plus enviable et la garnison pas beaucoup mieux lotie que la population. Certes les soldats confisquent tout ce qu'ils peuvent trouver au marché noir mais les prises sont souvent réservées aux gradés. Les autres en sont réduits à imaginer comment agrémenter l' ordinaire.
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