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La destruction de la ville - la rue de la Sellerie

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La destruction de la ville - la rue de la Sellerie

Date : juillet 19 - Saufs et de retour dans leurs villes respectives, Léopold et Anelie s'écrivent et s'interrogent sur leur vie après le conflit.

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Juillet 1919
Lorsque les soldats français libèrent Saint-Quentin le 1er octobre 1918, la ville est détruite à plus de 60%. Plus aucune maison n'est habitable en l'état. Le retour de la population sera lent et progressif. Elle se réinstalle d'abord dans des cités provisoires en attendant que la ville panse ses plaies. La rue de la Sellerie est entièrement reconstruite dans les années 20 : tous les styles de la reconstruction, et particulièrement l'art déco, sont convoqués pour exprimer un paysage urbain d'une extraordinaire variété.
Ma très chère Anelie,
Je ne sais si cette lettre vous parviendra. Êtes-vous seulement encore en vie ? J'ai besoin de savoir. D'avoir de vos nouvelles depuis ce terrible jour où nous nous sommes séparés pour affronter nos destins. Où donc a bien pu vous mener le vôtre ?
Je suis rentré dans une ville dévastée. Ma boutique totalement effondrée, ruinée. Tout est à reconstruire et c'est ce que nous nous attachons à faire. Au quotidien. Sans voir beaucoup plus loin que le lendemain. Mon affaire rouvrira-t-elle un jour ? Dois-je tirer un trait sur la boutique familiale ?
En exil j'ai appris la mort au front de mes deux fils. Depuis la solitude me ronge. Le désespoir aussi parfois. Beaucoup de mes amis, de mes voisins sont morts . Cette satanée guerre nous a tous tellement tellement brisés.
A mon retour j'ai pu me glisser dans ma cave pour tenter de retrouver mon carnet, ce témoignage quotidien de nos années d'horreur. Sans relâche j'ai fouillé, brique par brique. Jamais je ne l'ai trouvé. Ça aussi la guerre me l'a enlevé.
Bien cher Léopold,
Vous n'imaginez pas la joie que m'a faite votre lettre. Jamais je n'aurais imaginé avoir de vos nouvelles de retour à Berlin. Pas plus d'ailleurs que je n'osais vous imaginer vivant. Cette guerre n'aura finalement pas eu notre peau. Elle a emporté mon plus vieux frère mais pas mon cher Ludwig. Au moins m'aura-t-elle rapprochée d'une famille que j'avais cru avoir perdue à jamais.
Je suis très sincèrement navrée de la mort de vos fils. Vous m'en aviez tellement parlé...
Ici le pays nage en pleine crise économique et politique. Nul doute que la récente signature du Traité de Versailles n'arrangera rien. De telles sanctions ne manqueront pas d'alimenter à terme les rancoeurs et la soif de revanche.
J'ignore également de quoi mon avenir sera fait. J'ai toujours envie de m'engager, mais différemment. Peut-être en politique. Une chose est sûre : je vais quitter les ordres.
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