Saint-Quentin 14-18 >

L'exode des civils - La gare

Version mobile
English

L'exode des civils - La gare

Date : février 17 - Léopold et Anelie se préparent tous deux à quitter la ville et à se faire leurs adieux.

Partager sur Twitter Partager sur Facebook Envoyer par e-mail
Février 1917
La retraite allemande derrière les positions défensives de la ligne Hindenburg impose l'évacuation de Saint-Quentin qui devient de facto une zone de combat. Du 1 au 18 mars 1917, deux ou trois trains quittent quotidiennement la ville pour le Nord de la France ou la Belgique. Au total, plus de 42 000 habitants quittent la ville par convois entiers. La gare devient alors un terminus d'approvisionnement. Elle est périodiquement visée par les bombardements alliés durant tout le conflit. Le bâtiment des voyageurs en sort cependant indemne, rare survivant du quartier de la gare. Il sera détruit par un incendie accidentel en janvier 1922.
Ce que la population pressent depuis quelque temps, elle en a aujourd'hui la terrible certitude : Saint-Quentin va être évacué. Depuis l'automne 1916, les Allemands travaillent activement à la fortification de la ville. L'entourant de barbelés et de profondes tranchées. Creusant des tunnels entre les caves des habitations pour se protéger des bombardements aériens. Autant d'indices qui nous ont mis la puce à l'oreille. En plus de l'évacuation des villages alentours.
Les récits des exilés nous ont remplis de terreur. On les a prévenus à peine quelques heures à l'avance avant de dynamiter leurs maisons sous leurs yeux et de les jeter dans le froid sur les routes, les femmes séparées de leurs enfants et de leurs maris.
Ces bourreaux d'Allemands nous réservent-t-ils le même sort ? Où comptent-ils donc nous envoyer ? Tout le monde est aux abois, ravagé de tristesse à l'idée d'abandonner tout ce qui a fait leur vie et leur labeur.
Cher Ludwig,
Jamais je n'aurais imaginé qu'au coeur de la tourmente aurait pu naître une si sincère amitié avec ce que beaucoup ici appellerait un ennemi. Léopold a su me soutenir simplement dans nombre de terribles moments qui ont, je ne te le cache pas, profondément ébranlé ma foi.
Le service de santé sera bientôt évacué sans qu'on sache où nous serons prochainement ré-affectés. Il va sans dire que Saint-Quentin, de ville étape et centre sanitaire, risque fort de se transformer sous peu en zone de guerre. Le carnage est donc toujours loin d'être fini. De grâce sois prudent petit frère. Je prie toujours pour toi même si j'ai la sinistre impression que Dieu nous a tous abandonnés.
Retour haut de page