Saint-Denis, sur la piste des Rois de France >

Musée d'art et d'histoire

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Musée d'art et d'histoire

A l'intérieur du musée, des tableaux signés Guillot illustrent les activités des soeurs.

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Nous nous trouvons dans l'enceinte de l'ancien carmel, devenu un musée. Sur notre droite, l'ancien cloître.
La vie y est très stricte. Silence, prière et travail. Les soeurs effectuent des travaux de couture. Surtout, elles interviennent en tant qu'infirmières à l'hôtel Dieu, situé non loin d'ici. Hiver comme été, les soeurs portent les mêmes habits, les mêmes sandales.
A l'intérieur du musée, des tableaux signés Guillot illustrent les activités des soeurs.
Au premier étage, on a reconstitué la cellule ayant appartenu à une carmélite peu ordinaire, une certaine Louise, dont l'arrivée avait fait figure d'événement.
Si la soeur tourière était encore là, elle pourrait vous dire sa surprise lorsque ce jour-là, elle a ouvert la grille aménagée dans le lourd portail de bois, à notre droite.
-Qui va là ?
-C'est moi, Louise de France. Je fais voeu de silence. Laissez-moi entrer, il me faut racheter les péchés de mon père, le roi Louis 15. Un brave homme en vérité, mais les moeurs de la cour blessent mon coeur pieux.
Pour le carmel, alors en proie à des difficultés financières, l'arrivée de Louise de France est une aubaine. La fille aînée du roi apporte avec elle une substantielle dot. Elle permet notamment d'entreprendre la construction de la chapelle, en face de nous.
A la Révolution, cette chapelle devient, comme l'indique l'inscription à son fronton, une justice de paix, autrement dit un tribunal. Elle accueille aujourd'hui des expositions temporaires.
Dans ses collections, le musée possède le plus important des fonds historiques consacrés à la Commune de Paris. On y découvre comment, en 1871, Paris s'est doté d'un gouvernement révolutionnaire. Un mouvement qui allait très vite être réprimé dans le sang.
La ville de Saint Denis, elle aussi, est étroitement liée à l'histoire politique, notamment au mouvement communiste.
Savez-vous, par exemple, que Pierre Degeyter, l'auteur de l'Internationale, a vécu ici ? Savez-vous que le quotidien L'Humanité a, dans les années 80, choisi Saint Denis pour implanter son nouveau siège ?
- L'Internationale, d'un côté. L'Humanité, de l'autre. Et un point commun, lequel ?
- Saint Denis ?
- Oui, c'est ici, en effet, que vit Pierre Degeyter à partir de 1901. Cet ouvrier tourneur venu de Belgique aurait écrit, sur une musique d'Eugène Potier, les paroles de l'Internationale.
- On n'en est pas sûr ?
- Le conditionnel s'impose, car son frère Adolphe assure lui aussi être l'auteur de ce texte. Un frère à qui la justice, par deux fois, donne raison... Toujours est-il que cet hymne va devenir, jusqu'en 1944, celui de l'Union soviétique. En signe de reconnaissance, l'ambassade d'URSS verse à Pierre Degeyter une pension. En 1928, pour fêter ses 80 ans et les 40 ans de l'Internationale, Moscou lui réserve un accueil triomphal. Va-t-il accepter de s'installer en Union soviétique ? Non, Pierre Degeyter choisit de finir ses jours à Saint Denis. Il y sera enterré, 4 ans plus tard.
-Et l'Humanité, alors ?
- Eh bien vous savez que Jean Jaurès fonde ce journal en 1904. Le quotidien devient ensuite l'organe officiel du Parti communiste français, journal vendu notamment par des militants bénévoles qui font du porte à porte. Ce titre participe à de nombreux combats sociaux, à la lutte anticoloniale, sans toujours échapper aux errances idéologiques... C'est en 1987 que sa direction choisit de quitter le quartier historique de la presse, autour de la rue du Faubourg poissonnière, à Paris, pour ériger un nouveau siège, à Saint-Denis, non loin de la basilique. Cette tâche, l'Humanité la confie au célèbre architecte brésilien Oscar Niemeyer, qui conçoit un bâtiment moderniste, aux courbes élégantes, et doté de grandes baies vitrées.
Autre personnage emblématique que vous croiserez dans ce musée, Paul Eluard, qui s'est lui aussi engagé en faveur du communisme. De son vrai nom Eugène Grindel, ce poète est né à Saint Denis, boulevard Jules Guesde. Eluard fait d'abord partie du mouvement Dada, créé par Tristan Tzara, puis il rejoint Breton et les Surréalistes. Entré au PC, il s'engage en faveur des Républicains lors de la guerre civile en Espagne. Pendant l'occupation allemande, il continue d'écrire, dans la clandestinité. L'un de ses poèmes mythique sera parachuté en des milliers de tracts.
Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom
Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom
Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom
(...)
Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté.
A la mort du poète, en 1952, le manuscrit du poème Liberté a rejoint le musée, de même que l'ensemble du Fonds Eluard.
Autre collection à découvrir impérativement : l'archéologie. Elle présente notamment des objets découverts lors de la vaste campagne de fouille réalisée par la très réputée unité archéologique de la ville de Saint Denis au moment de la réhabilitation du quartier situé au nord de la basilique, dans les années 70. On y remarque des ustensiles culinaires et des objets d'artisanat qui en disent long sur la vie au Moyen-Âge. On y découvre aussi des insignes de pèlerinage ayant appartenu à des visiteurs venus se recueillir sur le tombeau de Saint Denis.
Ecoutons Nicole Meyer-Rodrigue , la directrice de l'Unité d'archéologie, qui nous donne des précisions sur ces étranges petits objets retrouvés au fond d'une rivière :
" Ce sont de petits objets de piété, qui sont en fait des pin's, des sortes de pin's, que l'on cousait, que l'on agrafait, que l'on fixait sur le manteau, sur la besace, sur le chapeau et qui étaient là pour marquer la présence du pèlerin sur un site de pèlerinage. Ils étaient fabriqués à des milliers et des milliers d'exemplaires et il est rare d'en retrouver. Les pèlerins en tout cas les ont jeté dans la rivière urbaine à Saint Denis et nous, archéologues, les avons retrouvés.
Pour quelles raisons ils ont jeté ces pin's dans la rivière ?
Alors, on ne sait pas. Peut-être des oublis, peut-être aussi une sorte de coutume, comme on jette aussi ses pièces de monnaie dans des fontaines, celle de Rome en particulier...
Est-ce qu'aujourd'hui, les touristes peuvent continuer à jeter leurs pin's dans la rivière urbaine ?
Il n'y a plus de rivière urbaine visible. La rivière a été comblée au fil des années. Non, maintenant vous avez la Seine, mais c'est plus loin. Ou vous avez le canal de Saint Denis, mais c'est autre chose. "
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