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Without sanctuary - Doug Shipman - Cloître Saint Trophime

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Without sanctuary - Doug Shipman - Cloître Saint Trophime

...par Doug Shipman

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Cloître Saint-Trophime
Without sanctuary
Doug Shipman
Les images que vous découvrez ici témoignent d'une incroyable cruauté... Il s'agit de scènes de lynchages dans l'Amérique profonde jusqu'au début des années 50.
Le plus souvent les victimes sont des noirs. Un rituel d'autant plus inhumain que vous pouvez voir qu'un public joyeux se réjouit de ces horreurs et qu'à l'époque, on éditait ces photos en carte postales, des gens racontaient fièrement leur participation à ces lynchages. Aujourd'hui honteuses, ces photos ont été rassemblées par un collectionneur, James Allen et sont désormais conservées par le centre pour les droits de l'Homme (center for civil and human rights) à Atlanta que dirige Doug Shipman. On l'écoute
Doug Shipman 1 homme GB
C'est un vrai travail historique pour deux raisons. Il y a des images de l'époque durant laquelle les incidents se sont produits, mais il y a aussi des cartes postales qui ont été imprimées et envoyées après ces événements. Elles montrent la violence des événements eux-mêmes mais aussi la violence d'une banalisation ou même parfois d'une célébration des morts au travers l'écriture au dos des cartes. Car des gens achetaient ces cartes postales et les envoyaient par la poste avec des messages comme : " J'y étais ! ", " n'est-ce pas un joli lieu ? " Choses qui sont très troublantes.
Dans beaucoup de cas le lynchage était un événement pour toute la communauté. Dans certaines villes il y avait même des trains qui allaient directement à la place centrale de la ville ou au lieu du lynchage pour que les gens puissent venir le Dimanche et faire de cet événement une sortie sociale. Ce n'était pas privé, mais au contraire très public et fêté. Et les images le saisissent. Ce sens de la célébration, les enfants même qui assistaient à cette violence...c'était une pratique bien acceptée et les images montrent la réaction du public.
C'est très douloureux car très peu de gens savaient à quel point c'était répandu. Des milliers de lynchages ont eu lieu, beaucoup dont on ignore toujours l'existence. Beaucoup ignorent à quel point cette pratique était répandue, à la fois géographiquement et en nombre. C'était également une forme d'oppression, car les individus réfléchissaient à deux fois avant de protester contre le pouvoir ou pour le droit de vote ou contre la brutalité de la police, par peur du lynchage. De plus les auteurs de ces crimes étaient souvent des dirigeants ... policiers, maires, juges. C'était donc tout un système au sein du pouvoir à l'époque. C'est un chapitre très douloureux de l'histoire.
Il faut se rappeler que chaque photo est d'une personne...même si plusieurs corps sont reconnaissables, d'autres sont brûlés ou démembrés. Chacun avait une famille, une histoire alors je crois qu'une humanisation est essentielle dans ce contexte historique.
Mais il y a des images plus dérangeantes que d'autres. Celles qui montrent la violence contre le corps même après le lynchage...ils sont brûlés, démembrés ...Celles là sont très difficiles à voir. Et aussi celles des corps suspendus longtemps après la mort. Parfois un corps pendait pendant plusieurs jours après l'incident et je trouve ça très perturbant car c'est encore l'idée d'une structure du pouvoir qui menace ceux qui voulaient lutter, en montrant ce qui pouvait leur arriver s'ils allaient trop loin.
Si cette collection a fait avancer le travail des historiens, il fallait aussi qu'elle soit montrée dans le sud des Etats-Unis, à Atlanta, ce qui n'a pas été simple...
Doug Shipman 2 homme GB
C'était important que cette exposition soit hébergée à Atlanta car Atlanta est dans le sud des états unis, et pas tous, mais presque tous ces actes se sont déroulés dans le sud. Mais c'est délicat parce que des membres des familles des victimes ou des auteurs de ces crimes vivent encore... des gens qui ont assisté aux lynchages en tant qu'enfant...C'est très douloureux de revenir en arrière. Quand la collection est exposée il y a souvent des gens qui me disent " C'était mon grand oncle " ou " mon grand-père ". Ca fait remonter à la surface des choses qu'ils ont essayé d'oublier.
Le dernier lynchage dans cette collection s'est passé à la fin des années 40. Depuis il y a eu quelques incidents isolés pendant les années 60 et 70, mais la grande majorité des lynchages -de lynchage comme une pratique acceptée- se sont arrêtés dans les années 30. C'est à ce moment là que cette pratique commence à disparaître quand la presse a augmenté les reportages sur le sujet.
C'est important de rappeler cette histoire aux gens, non seulement des incidents spécifiques mais cette capacité des gens à traiter les autres avec tant d'inhumanité. Je crois qu'il faut toujours être vigilant pour se rappeler que les gens biens peuvent faire des choses horribles. Il faut se rappeler et être vigilant pour que les circonstances conduisant à ce type de violence entre êtres humains ne se reproduisent plus.
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