Canal de Brest à Nantes - de Bon Repos à Pontivy >

Mûr de Bretagne

Version mobile

Mûr de Bretagne

À Mûr de Bretagne, Prier les saints du pays, et entrer dans la danse...

Partager sur Twitter Partager sur Facebook Envoyer par e-mail
À Mûr de Bretagne,
Prier les saints du pays, et entrer dans la danse...
Peu avant midi ce jour là, Ann rattrape Pierrick en courant sur le halage :
Encore deux écluses et nous nous arrêtons jusqu'à lundi !
Tu es sûre ?
Oui ! Tad a dit que pour fêter la fin de ma fièvre, nous irons prier sainte Suzanne, à Mûr de Bretagne !
Quelques heures plus tard, Yann amarre le chaland entre l'écluse Castel Finans et celle de Moulin Neuf, numérotée 120. Il explique :
J'ai retrouvé Soïg, hier soir. Un camarade d'armée ! Il vit à Sainte-Brigitte et nous emmènera chez lui tantôt. Il se souvient que je joue du biniou et il veut que je sonne pour sa " leur an nevez an ti ".
La fête de l'aire neuve !
Nous viendrons aussi ?
Bien sûr ! Mais avant, nous irons remercier sainte Suzanne. Ta mère l'a promis quand tu étais malade...
Chemin faisant, Soïg explique :
Sainte Suzanne était une vieille déesse du pays. Autour des fontaines de Menehiez, plus au nord, ils avaient installé une statue d'elle. Et à dire vrai, ils étaient plus souvent autour de Suzanne que dans l'église. Les curés ont décidé d'emporter " l'idole " comme ils disent. Mais elle ne s'est pas laissée faire ! Les boeufs qui tiraient la charrette sont devenus fous et la statue est tombée. Elle s'est plantée en terre, à côté d'un vieux chêne. Jamais personne n'a pu la déloger de là.

D'autres chênes ont poussé autour de la chapelle construite à l'endroit où la " sainte " a atterri.
Un bouquet de fleurs des champs, une prière, puis Ann, Pierrick et Yann retrouvent Soïg qui fouette sa bête et s'enfonce dans la forêt.
Les paysages tout en crêtes, en arrêtes et en combes, regorgent de légendes. L'ombre de Conomor rôde... Soïg a juste le temps de raconter l'histoire de son épouse, Tréphine, que des airs de bombarde et de biniou se font entendre, il annonce :
- Tout le monde descend, on est arrivé !
Dans la cours de la ferme, une foule s'affaire en cadence. Les femmes portent une petite coiffe de filet, les hommes, un gilet noir. Yann, intrigué, demande :

Qu'est-ce que vous sonnez donc ?
La Kost ar C'hoat, mignon. Tu ne la verras danser qu'ici ! La fierté du pays.

Dans la pièce où l'on refait le sol, des danseurs se tiennent par les coudes et martèlent la terre mouillée. La fatigue de la journée aux champs est oubliée, les visages brillent de gaité. Bientôt, Yann se joint aux musiciens et Soïg entraîne les enfants dans la ronde.
La danse, pour nous, c'est sacré ! Parfois, nous faisons même une Kost Ar C'hoat dans la chapelle. Le Bon Dieu, les saints et tous autant qu'ils sont là haut, sûr qu'ils aiment nous voir aussi heureux !
Retour haut de page