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Le Pastel, mode d'emploi

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Au bout de l'allée centrale du petit jardin, le pigeonnier est un souvenir de la grande époque de la culture du pastel. Pour se développer et produire des feuilles de qualité, la plante a besoin d'une terre enrichie en engrais naturel, et en particulier avec la fiente de pigeons. A ses ressources très naturelles, s'ajoute un vrai savoir faire :
Sandrine Banessy, auteur du livre les 7 promenades au Pays du Pastel 
La grande force de la région, c'est que nous avions à cette époque une énorme main d'oeuvre. Et que l'on a eu la bonne idée de le traiter comme une culture maraichère. C'est à dire qu'on a très bien travaillé les sols. On y allait tous les jours. On désherbait, on aérait. On binait la terre. Et ensuite, on récoltait le pastel comme le coton. En récolte sélective. Tous les jours, on va au champ et on récolte les feuilles à maturation. Et là où la culture du pastel est extrêmement intéressante, c'est que les feuilles coupées vont repousser. Quatre à cinq fois. Donc en fait, sur un même champ de culture, on a au total quatre à cinq récoltes qui vont s'étaler entre le mois d'avril et le mois d'octobre.
Il supporte très bien le gel. Et c'est en même temps une plante à la base fourragère qui supporte aussi très bien les sècheresses une fois qu'il est sorti de terre. C'est pour ça qu'on dit qu'il est " assez bonne fille " dans l'absolu. Par contre il est gourmand. Il a une racine longue, il va puiser dans la terre énormément d'éléments qui vont contribuer à la production du pigment. Et les plus grandes propriétés avaient autorisation de créer un pigeonnier de façon à pouvoir enrichir la terre et améliorer sa qualité.
Au Moyen Age, le pigeonnier est réservé aux seigneurs. Mais dans le sud de la France et en particulier le Tarn, le droit de posséder un pigeonnier s'étend à tous ceux qui possèdent suffisamment de terrain pour nourrir les pigeons. Voilà pourquoi dans le pays de Cocagne, on trouve encore de nombreux pigeonniers. ...environ 1700 ; la ''colombine'' enrichissait les terres pour le pastel, la vigne et le chanvre.
Il y en a de différents styles :
Le pigeonnier "pied de mulet",  le plus courant car il est le plus économique à construire. Et le plus facile à reconnaitre : sa toiture n'a qu'une pente. Le pigeonnier castrais lui a une flèche sur le toit. Il y a aussi l'Albigeois avec son toit pyramidal de moyenne pente. Quand la pente est forte, on dit que c'est un pigeonnier gaillacois.
La culture du pastel a permis les premiers remembrements de cette région avec l'apparition des premières grandes propriétés agricoles. La taille de leur pigeonnier donne souvent une indication sur l'importance de ces grandes propriétés.
Autre témoin de la grande époque du Pastel dans le Tarn : les châteaux. Celui de Montdragon a brulé pendant les guerres de religion. C'est aussi le moment où le déclin du pastel commence juste après deux récoltes très abondantes en 1560 et 1561. Elles sont de très mauvaise qualité et provoquent l'effondrement du marché. Six fois moins cher à produire, l'Indigo cultivé en Amérique centrale est un concurrent redoutable.
La grande période du pastel pour le pays de Cocagne s'étale sur trois siècles et connaît son apogée à la Renaissance. Si le commerce de cet or bleu a permis à de grandes familles de bâtir des fortunes colossales, il a contribué au développement économique et culturel de toute la région comme en témoigne encore de nos jours de nombreux monuments et chateaux.
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