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La mascarade nuptiale, José Conrado Roza

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La mascarade nuptiale, José Conrado Roza

La collection de nains d'une reine portugaise

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La mascarade nuptiale, José Conrado Roza, 1788
Ce tableau du 18ème siècle crée souvent un malaise chez les observateurs, surtout quand on évoque son autre titre : Portraits des nains de la reine Marie du Portugal.
Comme l'indique la colombe en haut à gauche, la mascarade nuptiale met en scène le mariage de deux des nains, juchés sur la calèche.
Moi, je suis Don Pedro et je viens de Luanda. Je ne connais pas mon âge, entre 30 et 40 ans. Pour notre mariage, la reine a fait fabriquer ces vêtements aussi luxueux que ceux des nobles de la cour.
Je suis la mariée, Dona Roza du Coeur de Jésus. C'est le nom qu'on m'a donné à la cour. Je suis arrivée d'Angola à l'âge de 11 ans, envoyée à la reine par le gouverneur local. On dit que je suis la favorite de ma maîtresse.
Pour moi, il n'y a pas eu de vêtements, ils aiment trop contempler ma peau dépigmentée. Je ne suis pas nain. J'ai 12 ans et je viens du Brésil.
On connaît à peu près le parcours des personnages de ce tableau grâce aux mentions inscrites en portugais sur leurs vêtements.
Pour l'Indien, à gauche par exemple, elles se trouvent sur le bandeau de sa coiffe.
-musique seule-
Comme les esclaves, ces hommes, ces femmes, et ces enfants étaient enlevés par les colons et envoyés à la cour pour le bon plaisir de la Reine du Portugal qu'ils amusaient sans doute beaucoup.
Pas seulement ! Leurs peaux colorées mettaient aussi en valeur la blancheur de leur maîtresse, un signe de beauté à l'époque.
La reine du Portugal adhérait au goût pour l'exotisme et les curiosités, comme la comtesse Du Barry, maîtresse de Louis XV. Alexandre Dumas l'évoque dans Joseph Balsamo.
" ... Le petit négrillon passa. Il avait un petit turban à plumes droites planté sur l'oreille, une veste de brocart d'or qui laissait voir ses bras d'ébène, une culotte bouffante de satin blanc broché qui descendait jusqu'au genou, et une ceinture aux vives couleurs qui reliait cette culotte à un gilet brodé ; un poignard étincelant de pierreries était passé à sa ceinture. - Peste ! s'écria le roi, comme Zamor est magnifique aujourd'hui ! "
En France, Zamor le petit noir de la comtesse Du Barry sera même nommé gouverneur de Louveciennes.
D'après les archives, Marie du Portugal dépensait aussi beaucoup d'argent pour le bien-être de ses nains, notamment pour les habiller.
Pourquoi ce tableau met-il si mal à l'aise ?
Sans doute parce qu'on dirait des poupées plus que des êtres humains. Ces gens perdent une part de leur humanité dans cette représentation : déguisés, figés dans une attitude peu naturelle, présentés comme une collection d'objets dans un cabinet de curiosités.
Ce tableau a été peint par José Conrado Roza en 1788 mais contrairement à ce qu'on peut penser, les exhibitions de ce genre ne disparaissent pas avec les abolitions de l'esclavage au 19ème siècle. On a exhibé des êtres humains étranges ou simplement différents jusqu'à la Seconde guerre mondiale dans les foires, les cirques ou encore les zoos.
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