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Visite du roi Georges V

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Visite du roi Georges V

Devant la tombe du lieutenant John Keefer Kennedy, enterré le jour de la visite du roi.

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14 août 1916
Bien cher Andrew. Quel bonheur de te lire enfin et de te savoir sorti sain et sauf de cette terrible bataille de Fromelles que tu me racontes.

Depuis plus d'une année que je suis ici, Rémi Farm a bien changé. C'est presque devenu un petit village avec ses rues pavées et ses jardins potagers. Nous avons même une centrale électrique et une station d'épuration des eaux. Au centre les hôpitaux entourés par les campements du personnel : officiers, infirmières, ouvriers... Pour tous, ce petit bout de campagne flamande est devenu le décor d'un quotidien dont on s'échappe parfois par une partie de football ou un concert.
Mais aujourd'hui notre routine a été bouleversée par un événement exceptionnel. Jamais tu ne devineras! Le roi Georges V en personne, actuellement en inspection sur le front, nous a fait l'honneur de s'attarder à Rémi Farm. Il s'est entretenu avec les officiers, s'est enquis du moral des infirmières, a plaisanté avec le chirurgien en chef et a même caressé un jeune chiot. Plus sérieusement, il a salué dans son discours la confiance qui anime nos rangs et a même déclaré qu'il rentrait à la maison plus que jamais fier de nous.
Mais cette visite royale ne change pas notre triste réalité: vivre ici c'est cotoyer la mort chaque jour que Dieu fait. Aujourd'hui encore, en dépit de notre prestigieux invité, on a mis en terre trois patients qui ont succombé à leurs blessures. Dont John Keefer Kennedy, un lieutenant canadien qu'il m'avait été donné de croiser.
Avocat à Vancouver, il s'était engagé dans l'armée en octobre 15 avant d'embarquer pour la France
C'est près d'Ypres qu'il sera touché par un éclat d'obus le 7 août.
Vous savez Guillaume, le cimetière s'agrandit au rythme de la guerre. Quelques jours après les grandes batailles le nombre de victimes grimpe en flèche bien sûr. Mais il faut bien se rendre compte qu'on meurt chaque jour ici. Des suites de ses blessures ou parfois même d'un vulgaire accident. Et Lijssenthoek est le miroir de cette banalité de la mort quotidienne.
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