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A Minazen, dominant le courant, Poul-Fetan vit à " l'ancien temps "...

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A Minazen, dominant le courant,
Poul-Fetan vit à " l'ancien temps "...
Assis sur une borne, Pierrick attend la jument, qui fatigue sur le halage. Sur la pierre marquée des armes du Morbihan, des chiffres sont gravés :
Pontivy, 38km - Hennebont, 29.
La mer est proche, le garçon le sent. L'odeur de la rivière elle-même a changé : elle pétille de senteurs nouvelles ! Au-dessus de l'écluse, un essaim de mouettes piaille et pêche de minuscules poissons d'argent. En contrebas, sur une grande île plantée de pommiers, des enfants se baignent.
Les remous claquent sur le sable et les branches surplombent l'eau. Les garçons se jettent en hurlant dans les vagues et ressortent quelques mètres plus loin, ravis. Les filles hurlent de terreur... Pierrick et Ann profitent de l'éclusage pour aller les regarder jouer. Ils n'ont pas le droit de se mouiller, mais ils s'amusent un peu.
Au dessus de l'écluse, de l'autre côté du halage, le bétail pâture dans les prairies du village de Poul-Fetan. En 1895, c'est un hameau comme tant d'autres dans la région.
Quelques familles, un chef de clan, des bêtes. Chacun s'arrange pour cultiver assez de grain pour tenir l'année ; ramasser assez de pommes pour presser quelques barriques de cidre ; et prendre soin de quelques bêtes, pour le lait, le beurre et la viande. Des châtaignes enrichissent le menu, ainsi que quelques légumes...
Pour les vêtements, les cordes et les outils, on se débrouille en grande partie avec ce que la nature a à offrir : le chanvre et le lin sont cultivés pour confectionner des habits et des toiles. Et la laine des moutons réchauffe les corps, l'hiver. Les édredons sont en balle d'avoine ou de blé. Quant aux maisons, elles sont construites avec des pierres du pays. Sur les charpentes de châtaigner, on entretient des toits de chaume.
Pour les objets qu'il faut vraiment acheter, on vend du beurre, des oeufs, voire une bête de temps en temps, au marché d'Hennebont ou à la foire de Baud.
Une vie ordinaire, en somme, qui n'a rien d'étonnant pour les passagers de l'Aurore, à part ces costumes, ces musiques et ces légendes du pays Vannetais...
On raconte ainsi qu'autrefois, chaque année, le Blavet exigeait le sacrifice d'un enfant nouveau né - et baptisé ! Placé dans un tonneau, l'enfantelet était abandonné dans une barrique scellée avec une bougie allumée et un pain, sur la rivière.
Une année plus tard, on ouvrait le tonneau. La malédiction ne devait prendre fin que le jour où l'enfant serait retrouvé vivant, ce qui, croyez-le ou non, arriva !
Depuis ce temps, le Blavet s'est assagi. Il n'exige plus des villageois un enfant chaque année. Mais au hameau de Poul-Fetan, le temps s'est arrêté. Le village a été restauré et l'on y rejoue, chaque été, l'air des lavandières et le tour de main du boulanger, l'art de piler le mil et de carder la laine.
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