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Le vieux moulin

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Le vieux moulin

Un haut lieu de la résistance pendant la seconde guerre mondiale

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Le vieux moulin
Il serait plus vieux encore, mais on sait qu'à compter de 1619, ce vieux moulin sur les bords du ruisseau de Bonne Soc, appartenait aux Lamock, les seigneurs de Gros-Fays. C'est au milieu du 19ème siècle qu'il devient la propriété de la famille Gustin. Joseph en sera le dernier meunier jusqu'à sa mort en 1967.
On était tranquille, je m'occupais des bêtes (Yvonne, l'une des trois filles de Joseph, se souvient). Les vaches, les chevaux. J'aimais bien les bêtes. Travailler à la ferme. Puis on allait encore bien donner un coup de main à Papa dans le moulin. Ah si seulement on y était encore. Papa aimait bien son moulin. Papa disait après moi y aura plus personne.
Idéalement situé au milieu de la forêt, le moulin va devenir pendant la seconde guerre mondiale un repaire pour la Résistance.
Y avaient des maquis qui se cachaient dans les bois. Eh ben je faisais le pain et ils venaient le chercher tous les jours au soir.
Jean, le fils aîné de Joseph, recrute et forme plusieurs équipes de maquisards disséminés dans la région qui participent à de nombreux sabotages.
Parallèlement, Joseph et sa femme Elize ont recueilli une jeune juive, Esther, 5 ans, rebaptisée par sécurité Yéti.
C'était une gamine qu'on avait adoptée pour manger. On n'a jamais rien dit. Et les parents étaient à Frasnes. Et le gamin était à Montceau chez ma soeur. Et puis Yéti était chez nous. Elle était gentille. Une belle gamine. Comme une soeur. On l'aimait bien. Elle téléphone encore. Dimanche elle a encore téléphoné. Et elle me dit comment ça va ? " Ca va que tdi ". Comme à Gros-Fays. Elle parle encore bien patois. Un beau souvenir.
Malgré une période noire et des événements douloureux. Comme ceux de la rafle de mai 44.
Quand le frère Jean a été ramassé, on a été serrés. Il a été ramassé avec le bourgmestre et tout ça. Ils ont fait la tournée là. Quand ils sont passés au dessus du moulin, ils lui ont demandé le bâtiment vous connaissez là ? Non je ne connais rien. Enfin, il a eu la chance de résister à parler.
Et celle aussi de s'en tirer. Après 40 jours de torture en prison, Jean est libéré grâce à un allemand traître à son pays et une fausse carte d'identité fabriqué par son ami Marcel Bourguignon, le bourgmestre qui lui, mourra en déportation.
Une plaque commémorative sur le moulin rappelle sa participation aux combats de l'armée des ombres. Quant à Yvonne, elle a reçu en 2013 à Bruxelles des mains de Shimon Pérez, la médaille des " Justes parmi les nations ", attribuée à ses parents à titre posthume.
Un beau souvenir quand même. Le monsieur d'Israël avait nonante ans qui a donné la médaille. Et on était bien. Tout le monde était à table. Tout le monde était accueillant, l'un l'autre. C'était bien. Mais enfin ça fait plaisir quand même. On l'a pas fait pour avoir une médaille. C'est pas la question. On l'a fait pour rendre service. Pour aider.
Joseph et Elize Gustin. Le peuple juif reconnaissant. Quiconque sauve une vie sauve l'univers entier.
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