La Grande Guerre sur le Front Occidental : les Ardennes et la Marne >

Vrigne-Meuse

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Vrigne-Meuse

Sur la sépulture d'Augustin Trébuchon

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Voix off - Nous sommes le 11 novembre. Augustin Berger s'est rendu à Vrigne-Meuse pour la cérémonie de commémoration de l'armistice. Cette commune des Ardennes a vu se dérouler le tout dernier combat de l'armée française en 1918. C'est là qu'est tombé le dernier soldat de la Grande Guerre. Augustin remarque une sépulture, sur laquelle il peut lire : " Augustin Trébuchon - 415e régiment d'infanterie - Mort pour la France le 10/novembre 1918 ". Près de lui, il y a une vieille dame, qui doit avoir dans les 90 ans. Augustin l'aborde pour connaître les raisons de sa présence ici.
Augustin - Bonjour Madame ! Augustin Berger, je suis journaliste. Vous habitez à Vrigne-Meuse ?
Marie - Non, pas du tout, j'habite à Paris. Mais ma mère était infirmière militaire dans ce secteur le 11 novembre 1918.
Augustin - Donc vous connaissez l'histoire de 415e régiment et du soldat Trébuchon...
Marie - Bien sûr !
Voix-off : Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1918, pour maintenir la pression sur l'Allemagne, l'état-major français lance le 415e régiment dans un dernier assaut : symboliquement, les Français doivent mener la dernière offensive. Augustin Trébuchon, agent de liaison entre le poste de commandement et les premières lignes, venu du 142e régiment, fait partie de ceux-là. Les soldats rejoignent la rive droite de la Meuse occupée par les Allemands sur deux planches de bois et se lancent dans la bataille. Le 11 novembre, à 8h15, une dépêche arrive sur le front : "L'Armistice est signé, il commence à 11h, heure française." Selon les sources, Augustin Trébuchon serait mort entre 10h40 et 10h50, d'une balle dans la tête, juste avant que le clairon ne sonne le cessez-le-feu définitif. C'est le dernier poilu des quelques 100 morts au combat en ce 11 novembre.
Augustin - Savez-vous pourquoi on n'a pourtant pas reconnu officiellement que ces soldats étaient morts ce 11 novembre ?
Marie - C'est une bonne question. Les officiers du 415e ont toujours pensé par la suite que c'est le sacrifice de ce régiment qui a été difficile à reconnaitre pour l'état-major. Un sacrifice que l'opinion n'aurait pas manqué de juger comme inutile. Il était donc plus facile de dire qu'aucune victime n'avait été à déplorer sur le champ de bataille au-delà du 10.
Augustin - Merci, ces renseignements me seront d'une aide précieuse pour ce que j'écris !
Marie - Une chose encore. Ma mère avait soigné, quelques semaines auparavant dans un autre secteur, un jeune photographe de l'armée qui s'était blessé. Une fois rétabli, il est parti en oubliant son carnet de notes, dans lequel il a commenté plusieurs de ses photographies. Regardez, je l'ai sur moi ; je le prends toujours lorsque je viens ici... En 1914, il raconte avoir tiré le portrait d'un soldat mobilisé. Et devinez quoi ? Il s'agit, justement d'Augustin Trébuchon !
Augustin - C'est ce que je lis, en effet... Quelle chance !... Serait-il possible de vous l'emprunter ? Mon enquête n'est pas terminée, et je vois qu'il mentionne d'autres sujets qui m'intéressent... Je vous le rendrai, c'est promis.
Marie - Bien sûr. Le voilà, prenez-en soin. Voilà aussi mon nom et mon adresse. Je m'appelle Marie, Marie Kosenkov.
Après avoir convenu avec Marie de la date de sa visite, Augustin monte dans un taxi pour rejoindre la prochaine étape de son voyage dans les Ardennes. Confortablement installé, il se plonge dans le carnet de François Gindre, photographe pour l'armée française.
François Gindre - Août 1914 : L'armée m'a envoyé à Mende, en Lozère, pour photographier les troupes en stationnement. J'ai choisi un appelé pour un portrait : le soldat Trébuchon. Un brave berger du coin, orphelin, qui a quasiment élevé seul ses nombreux frères et soeurs... Il est là, avec son régiment, le 142e, attendant de partir au front. Un beau portrait que j'ai fait de lui, qui motivera les troupes et qui plaira aux Français !
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