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Suippes, le Monument des Fusillés

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Suippes, le Monument des Fusillés

Ils s'appelaient Théophile, Louis et Lucien. Ils étaient innoncents

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Le Monument des Fusillés
Il a été inauguré par la commune en 2007 pour rendre hommage à quatre soldats français réhabilités après avoir été exécutés pour l'exemple pendant la 1ère Guerre Mondiale.
François Gindre :
C'était des gars de la 21ème. La 21ème compagnie du 336ème Régiment d'Infanterie. Ceux qui, le 10 mars 1915, ont refusé de sortir des tranchées. Tout simplement parce qu'ils savaient que c'était la mort assurée.
Mais le Général Reveilhac a réclamé des sanctions. Alors on a jugé les six caporaux les plus jeunes et 18 soldats en conseil de guerre. Ça s'est passé à la mairie de Suippes.
Théophile Maupas, un des caporaux a bien expliqué pourquoi ils n'avaient pas bougé face à l'ennemi : (il cite) : " J'ai vu l'impossibilité de franchir l'espace les séparant de la tranchée allemande ".
Il répète la phrase : " l'impossiblité de franchir l'espace ".
Et pourtant, Maupas est condamné. A mort.
Même punition pour trois autres caporaux de la compagnie : Louis Girard et Louis Lefoulon, originaires du département de la Manche comme lui, et Lucien Lechat. Les 2 autres accusés sont acquittés.
J'ai encore en tête la lettre que Théophile Maupas a envoyé à sa femme, Blanche après son procès : Ni dans la vie civile, ni dans la vie militaire, je n'ai dérogé à mon devoir ; je n'ai plus ni la force ni de vouloir, ni d'espérer quoi que se soit. Je ne vais pas continuer, ma pauvre Blanche, je te ferais de la peine, trop de peine, et je pleurerais encore. Allons courage mon petit soldat, je me serre bien dur contre toi, ne me quitte pas, et veille bien sur moi. Embrasse bien fort ma jeannette. Que je t'aime, mon Dieu, et que je pleure.
Les quatre caporaux sont fusillés le lendemain, le 17 mars à la ferme de Suippes. Théophile Maupas prend la parole juste avant l'exécution pour demander à ses camarades de ne pas les oublier et de tout faire pour réhabiliter leur mémoire.
Augustin :
Ce monument des fusillés me rappelle un de mes reportages en Bretagne, lorsque j'ai rencontré les descendants de ces soldats fusillés pour rien. Théophile Maupas...je me souviens de ce nom gravé sur le Monument aux morts de la commune de Sartilly dans la Manche. C'est là qu'il est enterré depuis 1923. Mais sa veuve, Blanche Maupas a dû attendre 1934 pour obtenir la réhabilitation de son mari et des trois autres sous officiers. Elle aura mis près de 20 ans pour y arriver. Quel courage !
Musique du film les Sentiers de la Gloire
En 1957, Stanley Kubrick réalise un film inspiré en partie de l'histoire de ces quatre caporaux : Paths of Glory, les Sentiers de la Gloire avec Kirk Douglas dans le rôle du Colonel Dax. Un officier qui défend ses soldats accusés là aussi d'avoir refusé de quitter les tranchées.
La bande annonce de l'époque précise que, depuis la publication du roman 25 ans plus tôt, " personne n'avait osé faire le film ". Scandale en Belgique d'abord. Les distributeurs renoncent à le sortir en France. Le long métrage n'est diffusé à la télé qu'en 1982.
Augustin :
Ce qui est arrivé ici est bien réel.
Les caporaux ont été jugés en face d'ici, dans la mairie. Et ils ont été fusillés pas loin, à la Ferme de Suippes. Quand on y pense, ça fait froid dans le dos.
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