La Grande Guerre sur le Front Occidental : les Ardennes et la Marne >

Saint-Hilaire-le-Grand

Version mobile
English

Saint-Hilaire-le-Grand

L'église orthodoxe - le corps expéditionnaire russe

Partager sur Twitter Partager sur Facebook Envoyer par e-mail
Augustin OFF - Mes recherches continuent. Là, je vais voir Marie Kosenkov, une dame de 90 ans que j'ai rencontrée à Vrigne-Meuse. Je vais lui rendre le précieux carnet qu'elle m'a confié. Plus tard au téléphone, elle m'a aussi promis de me raconter l'histoire de son père, officier dans le corps expéditionnaire russe mobilisé sur le front de Champagne. Du coup, j'en saurai sûrement plus sur l'existence de cette église orthodoxe que j'ai vue à Saint-Hilaire-le-Grand...
Augustin - Bonjour Marie... c'est gentil à vous de m'accueillir, merci. Je suis venu vous rendre le carnet de François Gindre que vous m'avez confié, comme promis. Et aussi pour entendre l'histoire de votre père.
Marie - Je vous en prie... je n'ai pas souvent l'occasion de la raconter ! Comme je vous l'ai dit, il était officier, originaire de Saint-Pétersbourg. Il est arrivé sur le front de Champagne avec le corps expéditionnaire russe, à Auberive précisément, en avril 1916.
Augustin - Comment s'est-il retrouvé là ?
Marie - Ma mémoire n'est pas parfaite, mais voici son arrivée en France, telle qu'il me l'a racontée :
Après deux mois de voyage, mon père et tous ces hommes ont été accueillis à Marseille dans la ferveur ! Ils appartenaient à la troisième brigade du corps expéditionnaire, l'une des deux affectées au front de Champagne. Plus de 20 000 hommes en tout.
A partir de leur entrée en guerre, ils n'ont pas manqué de se faire remarquer pour leur courage, essuyant près de 4000 pertes en un peu plus d'un an, à peine ! A l'été 17, ils ont cependant été regroupés dans le camp militaire de la Courtine, dans la Creuse. C'était au moment de la révolution bolchévique qui agitait la Russie ; après le renversement du tsar en février 1917. Le gouvernement français craignait que la fièvre révolutionnaire ne gagne leurs rangs. D'ailleurs, de nombreuses mutineries ont éclaté, et le camp a fini par être évacué quelques mois plus tard.
A la suite de ça, la plupart d'entre eux a été volontaire pour participer à l'effort civil de guerre, à l'arrière. C'est ainsi que mon père s'est retrouvé dans une usine d'armement à Paris. Beaucoup d'autres de ses camarades ont été transférés en Algérie ; les mutins les plus vindicatifs ont été carrément internés ; et près d'un millier d'autres, surtout des officiers, n'ont pas voulu renier leur engagement sur le front. Ils ont été intégrés à la 4ème division marocaine qui a participé à la bataille de l'Aisne en 1918. C'était la Légion Russe pour l'Honneur, comme ils se sont nommés.
Augustin - Après la guerre, que s'est-il passé pour votre père ?
Marie - La plupart des engagés russes est restée en France en 1918. Certains ont fait venir leur famille, mais mon père, lui, s'est retrouvé seul à Paris. Une forte solidarité est néanmoins restée entre les officiers du corps expéditionnaire. Ils se sont d'ailleurs regroupés assez vite dans une association d'anciens combattants.
En 1937, une église orthodoxe a été construite à Saint-Hilaire-le-Grand, à côté de la nécropole russe qui existait déjà. Je me souviens que mon père s'y rendait toujours pour la messe qu'ils organisaient chaque 11 novembre.
Augustin OFF - J'ai quitté Marie un peu plus tard. Elle avait encore des choses à raconter sur cette église, comme par exemple le fait que les descendants des combattants russes qui ont conservé la religion orthodoxe ont perpétué la traditionnelle messe du 11 novembre jusqu'à aujourd'hui. N'oublions pas que près de 1000 soldats russes reposent dans la terre de Saint-Hilaire !
Voix OFF - Ce n'est d'ailleurs pas la seule commémoration qui a lieu dans cette commune de la Marne. Une cérémonie du souvenir, ouverte à tous, se tient à chaque pentecôte orthodoxe.
Retour haut de page