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Glomel

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Glomel, point culminant du canal...Par la tranchée que les bagnards ont creusée

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Glomel, point culminant du canal...
Par la tranchée que les bagnards ont creusée
Les écluses se succèdent à un rythme effréné et les éclusiers restent à bord des chalands pour trois ou quatre bassinées. Ici, le canal ressemble à un escalier d'eau ponctué de bassins ronds, où les bateaux patientent, en attendant leur tour, de part et d'autre de Lan Bern, à Créharer, et à Quistinic.
En 1895, quand Pierrick franchit les biefs " montants " vers Glomel, cette portion du canal connaît depuis quelques années des embouteillages. Autour de lui, des équipages venant de Nantes et de Lorient s'activent tandis que les bêtes peinent, à chaque porte, pour relancer les coques dont l'aire a été brisée.
L'ouvrage a quelque chose de magistral : A Saint Péran... C'est Versailles !
Puis le canal s'engouffre dans la colline. A 184 mètres d'altitude, les bateaux franchissent la montagne. Ils passent du pays du schiste à celui du granite, d'Armor en Argoat...
Pour que le 1er janvier 1842, les chalands puissent ainsi relier le bassin du Blavet à celui de l'Aulne, il fallut " hisser " le canal le plus haut possible, tout en assurant son alimentation avec des sources et des étangs situés plus en amont encore.
On " ouvrit " donc la montagne à la pioche et à la pelle : une saignée de 100 mètres de large, profonde de 23 mètres et longue de quatre kilomètres. Un travail impossible, une folie d'ingénieurs...
Là où aucun homme libre, même nécessiteux, n'aurait réussi, on envoie des bagnards. On les enchaîne et on leur promet la liberté, s'ils creusent, dans la boue, le froid, la neige, et en été, dans la chaleur étouffante de cette " petite Sibérie bretonne ".
En 1823, le " bagne de Glomel  " est installé sur le plateau, " au dessus " de l'actuelle voie d'eau. Les premiers forçats arrivent à pied de Belle Ile. Ils sont six à sept cents, pendant vingt ans, à forcer cette tranchée qui s'éboule et se referme à chaque orage... On élargit l'ouverture pour continuer la " percée fabuleuse " dans l'argile.
Bleu de la terre sur la peau. Bleu des uniformes des bagnes militaires. La plupart de ceux qui s'échappent sont rattrapés par les cavaliers de la troupe de Gouarec. Presque tous meurent de paludisme ou de choléra.
Après vingt ans d'efforts, un filet d'eau du Blavet rejoint enfin le bassin de l'Aulne. En amont, un barrage est construit sur le Korong pour alimenter le bief. Sur les lèvres de la tranchée, les hommes continuent d'évacuer la glaise dans des hottes, mais les ouvriers " libres " remplacent les forçats, décimés ou libérés...
Finalement, le 9 novembre 1841, l'ingénieur du canal informe le préfet des " Côtes du Nord " qu'au premier janvier suivant, le canal sera achevé. Achevé, donc, dans sa totalité, puisque la " grande tranchée " de Glomel, point culminant du canal de Nantes à Brest, est l'ultime portion terminée et mise en eau.
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