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Paysage et tabac de la Semois

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Paysage et tabac de la Semois

La tradition de la culture du tabac est très ancienne dans la Semois. Dès le milieu du 16ème siècle, pour échapper à l'impôt, les paysans se sont mis à cultiver la Nicotiana Rusticana.

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Nous sommes sur le point de vue du jambon, entre les villages de Membre sur Semois et Bohan.
Ce nom étrange s'explique en regardant la forme de la rivière qui coule en bas dans la vallée. La Semois dessine une boucle de deux kilomètres. Et avec un peu d'imagination, nous pouvons lui trouver une forme de jambon. Un jambon d'Ardenne, bien sûr.
La Semois qui prend sa source à Arlon se jette dans la Meuse, en France. Mais quand elle franchit la frontière, dans le village des Hautes Rivières, son orthographe change : un " y " remplace le " i ".
Regardez dans la vallée ces petites baraques. Ce sont des séchoirs à tabac.
La tradition de la culture du tabac est très ancienne dans la Semois. Dès le milieu du 16ème siècle, pour échapper à l'impôt, les paysans se sont mis à cultiver la Nicotiana Rusticana. D'abord comme plante médicinale puis pour la fumer. Mais c'est surtout au 19ème siècle que le tabac envahit la vallée et en 1919, il y avait plus de 10 millions de plants sur cette terre.
Aujourd'hui, les sapins ont remplacé le tabac. Et il ne reste plus qu'un seul planteur dans la province de Namur : André Robinet
Il connaît le secret pour faire pousser ici cette plante exotique venue d'Amérique :
" Il faut d'abord faire pré germer la graine sur la cheminée. La plante va se développer beaucoup plus vite. Au lieu de mettre 10 jours, 15 jours ... en 5 jours, elle aura percé. Et elle sera prête à être semée puis repiquée début mai jusque fin juin. "
Le tabac pousse en Belgique. La plante, sensible au gel, a su trouver dans la vallée toutes les conditions pour bien se développer. A l'abri des vents elle n'a plus qu'à attendre les premiers rayons de soleil de l'été.
Après 100 jours de croissance en pleine terre, le tabac est récolté et mis en séchoir jusqu'à la fin de l'année. Une fois sèches, les feuilles sont triées et arrachées des pieds, rassemblées en bottes et le tabac est livré (en bottes) aux fabricants. Le tabac de la Semois reste aujourd'hui encore le préféré des fumeurs de pipe.
La vallée de la Semois se trouve juste à la frontière avec la France où la culture du tabac est réservée à l'Etat, une tentation forte pour les contrebandiers. A Bohan, le long d'un ruisseau, il existe encore quelques baraques qui servaient de refuge à ceux qui échappaient aux douaniers. Victor Droguest était certainement le plus célèbre de ces passeurs de tabac
En chuchotant
" Hep... !
Je viens de vous entendre parler de moi. Soyez discret quand même.
Alors qu'est ce que je peux vous proposer ? Du tabac ? Mais j'ai aussi des allumettes, du chocolat, du café... Alors?
Ah oui ... notre petite entreprise fonctionnait avec du troc. Les Français nous donnaient en échange du vin, des parfums, de la farine. On s'organisait comme ça.
Quoi ? Comment j'échappais aux douaniers ?
Ah mais j'avais mes méthodes. Un grand sac, ou alors un chien. Parfois, on embauchait des femmes, les Pacotilleuses, parce que les douaniers n'avaient pas le droit de les fouiller. Pas bête hein ? Chut... j'ai entendu du bruit. Cachez vous... "
Pendant les deux guerres mondiales, les contrebandiers étaient encore plus actifs.
Mais les résistants ont profité eux aussi de la frontière. Non loin d'ici, dans le massif de la Croix Scaille, ils avaient installé le plus grand camp de Wallonie. Plus de 250 maquisards y étaient encore réfugiés à quelques mois de la Libération.
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