Dijon : sur les pas des Ducs de Bourgogne >

Palais des Etats

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Palais des Etats

A l'origine, le Palais des Etats n'est qu'une résidence adossée au castrum.

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Nous sommes face au palais des Etats, au milieu de la place de la Libération.
A l'origine, le Palais des Etats n'est qu'une résidence adossée au castrum, les anciennes fortifications, construites pour protéger la ville des invasions germaniques. De cette première période, il reste la Tour Philippe le bon, qui domine l'ensemble.
Pour les sportifs, c'est là haut qu'il faut grimper pour une vue imprenable sur la Bourgogne... Ceci dit, même par grand beau temps, vous auriez bien du mal à embrasser du regard l'ensemble du territoire que contrôlaient nos chers ducs aux 14 ème et 15 ème siècles...
En effet, et ce n'est pas Didier Martin qui vous contredira. Ecoutons le président de l'office de tourisme, également adjoint au maire en charge du commerce et du tourisme :
" - Du temps des Ducs de Valois, on a assisté à la succession de 4 ducs dans le temps, de père en fils. Et ces ducs de Valois avaient une puissance considérable parce que leur duché s'étendait bien au-delà de la Bourgogne actuelle. Il allait vers le nord en Artois et dans la province de la Gelde , donc actuellement la Belgique et les Pays-bas .
- Ce qui signifie qu'il était plus puissant que le royaume de France...
- On peut dire ça. Et en tout cas il suscitait la convoitise du royaume de France. C'est la raison pour laquelle, à la mort de Charles le téméraire, le roi de France, Louis 11, l'a purement et simplement annexé, le dernier duc n'ayant pas de successeur mâle pour assurer sa descendance. "
En fait, lorsqu'on parle des Ducs de Bourgogne, il est question de deux familles distinctes, les Capétiens, du 11ème au milieu du 14ème siècle, puis les Valois, qui apporteront au duché un rayonnement sans précédent.
Leur aventure préfigure, d'une certaine manière, la construction européenne.
En 1364, Philippe le hardi, fils cadet du roi de France Jean II le bon, obtient de son père le duché de Bourgogne. Le monarque souhaite le remercier pour ses actes de bravoure, huit ans plus tôt, alors qu'il n'avait que 14 ans, pendant la bataille de Poitiers. Et c'est là que commence une série de mariages " mixtes ", dirait-on aujourd'hui. Philippe le hardi épouse celle qui est sans doute le meilleur parti de l'époque, Marguerite de Flandres.
Vous sous-entendez qu'il ne s'agissait pas uniquement d'une histoire d'amour ?
Disons que les intérêts du duché n'étaient pas étrangers à cette alliance, pas plus qu'à celles qui suivront. Son successeur, Jean sans peur, s'en va ainsi au-delà du Rhin pour prendre femme, en la personne de Marguerite de Bavière. Le troisième duc de la maison des Valois, Philippe le bon, lorgne, pour sa part, vers le Sud. Il épouse ainsi Isabelle de Portugal. Enfin, Charles le téméraire rapproche un peu plus la Bourgogne de l'Angleterre en se mariant à Marguerite de York. C'est avec lui, cependant, que prend fin le rêve européen de la Bourgogne. Charles le téméraire est trahi par ses mercenaires, et meurt lors d'une bataille, aux portes de Nancy, en 1477. Faute d'héritier mâle, le duché de Bourgogne est rattaché par annexion au Royaume de France.
Mais attardons-nous encore à cette fameuse époque ducale. Imaginez, les immenses cortèges pour saluer l'arrivée des ducs. Et à l'intérieur, les fêtes fastueuses, où le vin coule à flots. Si vous entrez dans les cuisines ducales, conservées dans l'aile droite du bâtiment actuel, vous comprendrez à quel point les ducs étaient de bons vivants !
L'essentiel du bâtiment actuel a été construit au milieu du 17 ème siècle pour abriter l'administration de la province. Il est l'oeuvre de Jules Hardoin Mansart, l'architecte du roi soleil, qui s'est illustré aussi à Versailles.
Cette administration, que l'on pourrait aujourd'hui comparer à un conseil régional, fonctionne jusqu'à la Révolution. Puis le palais des Etats devient l'hôtel de ville.
L'aile droite du bâtiment abrite aujourd'hui le musée des beaux arts. Vous y verrez notamment les anciennes cuisines ducales, ainsi que les tombeaux de Philippe le Hardi, de Jean sans peur et de son épouse Marguerite de Bavière.
Précisons toutefois que jusqu'à la révolution, ces sépultures étaient placées dans une nécropole, en périphérie de la ville, à la chartreuse de Champmol qui était aux ducs de Bourgogne ce que Saint-Denis était aux rois de France.
Alors, aujourd'hui, la chartreuse conserve en son coeur l'un des plus beaux monuments de la ville, le Puits de moïse. Il est l'oeuvre de Claus Sluter, un néerlandais appelé à la cour de Philippe le hardi, qui apprécie particulièrement le réalisme de ses sculptures, la fidélité des expressions humaines et l'inimitable drapé des vêtements.
Certaines oeuvres de Sluter sont également exposées au musée des beaux arts, où elles cohabitent, entre autres, avec les tableaux de primitifs flamands et bourguignons.
Le musée doit également beaucoup à Pierre Granville. Ce chroniqueur artistique, qui allait devenir conservateur, a fait don de nombreuses oeuvres de maîtres. On croise ainsi, au fil des salles, les signatures de Picasso, Modigliani, Kandinsky ou Matisse...
Et si je peux me permettre encore un clin d'oeil aux sportifs, entrez donc... Vous verrez, avec Nicolas de Staûl, que les footballeurs ont aussi leur place sur les tableaux et dans les musées...
Observons maintenant la place de la Libération, sur laquelle nous nous trouvons. Il s'agit de l'ancienne place royale, en hémicycle, comme il se doit, mais orpheline de sa statue équestre de Louis 14...
Une statue, qui n'a pas eu de chance...
Il faut en effet attendre 35 ans entre sa réalisation, par Le Hongre, et son arrivée à Dijon, en 1725... Un retard à mettre officiellement sur le compte de difficultés d'acheminement ! Une fois ici, elle n'aura qu'un peu plus d'un demi-siècle de répit, puisque les révolutionnaires s'empressent de la faire fondre pour la transformer en canons.
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