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Les vallées normandes

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Les vallées normandes

L'arbre têtard, un patrimoine à sauvegarder

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Nous sommes devant un paysage typique des vallées normandes qui n'est plus si courant aujourd'hui.
Ici, le site naturel est bordé par la prairie d'une exploitation agricole et cela n'a rien de nocif pour lui !

L'agriculteur n'amende pas cette prairie et garde des haies très utiles pour faire de l'ombre au bétail et permettre à une multitude d'insectes et d'oiseaux de se déplacer à l'abri des prédateurs. Il entretient aussi un patrimoine ancien qui a tendance à disparaître. Vous voyez ces arbres au tronc large et au branchage touffu ? Ce sont des arbres têtards.
Trogne... truisse... chapoule... trognard...
Ces noms poétiques sont ceux qu'on donne à cet arbre à la forme très particulière dans d'autres régions de France.
C'est l'utilisation d'un arbre à des fins humaines sans le faire mourir.
Le coordinateur scientifique du Conservatoire, Emmanuel Vochelet, nous explique comment on obtient ces arbres.
Il y a des saules têtards, également des frênes et parfois des aulnes. Dès leur plus jeune âge, on coupe le tronc principal. L'arbre va refaire des branches au niveau de cette coupure et une espèce de bourrelet. Tous les 5-10 ans, on reforme la tête du têtard c'est-à-dire qu'on coupe, très proprement, les branches et le tronc va épaissir comme ça.
A quoi cela pouvait-il bien servir ? A produire du bois ?
Oui. Bien entretenir un arbre têtard, c'était la certitude de disposer de bois de chauffage pendant des années. Certains ont 300 ans !
Cette technique remonte au Moyen-âge, peut-être plus loin encore. Une rangée d'arbres têtards est même représentée dans " les Très riches heures du duc du Berry ", une oeuvre achevée en 1410.
A quoi peuvent-ils servir aujourd'hui ?
Emmanuel Vochelet.

Ils ont un gros intérêt écologique parce que l'intérieur du tronc va souvent se creuser et dans cette cavité, on va avoir un micro écosystème. On va avoir du terreau et toute une niche écologique qui va s'abriter avec des végétaux épiphytes, c'est-à-dire des petites fougères qui vont se développer sur l'arbre en lui-même. On va avoir un tas d'insectes qui vont se nourrir de ce bois et le transformer.
Mais attention ! Les arbres têtards doivent être entretenus par les hommes, sans quoi leur tronc éclate et ils meurent.
La survie du pique-prune, par exemple, un petit scarabée protégé, dépend beaucoup des arbres têtards.
La chauve-souris et le hérisson s'abritent volontiers dans ses trous.
Et la chouette chevêche, de plus en rare dans la région, apprécie aussi les arbres têtards. La chouette aux yeux d'or, comme on l'appelle parfois, aime prendre son envol depuis ces branches touffues vers une plaine ou un milieu dégagé.
C'est exactement ce que nous avons sous les yeux !
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