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Saint-Jean de Malte

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Saint-Jean de Malte

Voici l'ancien prieuré, un bâtiment transformé en école municipale de dessin, puis devenu le Musée Granet.

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Nous sommes devant l'église Saint-Jean de Malte.
Cet édifice est construit au 12ème siècle par les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, qu'on appelle aujourd'hui l'ordre Saint-Jean de Malte.
A l'époque, les Hospitaliers ont pour habitude de s'implanter hors des villes, près d'un grand axe de communication. Ici, l'ancienne voie aurélienne , qui passe à l'arrière de l'église et qui, jadis, reliait Rome à l'Espagne, via la Gaule méridionale.
Vous connaissez sans doute les hospitaliers. Ses membres portent une chasuble noire, ornée d'une croix comme celle que vous apercevez, à votre droite, au dessus de la porte de l'ancien prieuré.
ll s'agit d'un ordre créé à l'occasion des croisades, afin de soigner les contagieux, mais aussi de défendre les pèlerins sur les chemins de la Terre sainte.
Cette vocation militaire a des incidences sur l'architecture.
Pour sûr ! Le niveau inférieur de l'église est aveugle.
Ce bâtiment est en grande partie reconstruit, dans la deuxième moitié du 13ème siècle, pour abriter, jusqu'à la Révolution, les tombeaux des comtes de Provence.
Dans une Provence où prédomine le style roman, Saint-Jean de Malte est la première église gothique entièrement achevée.
A l'intérieur, vous serez surpris par son caractère dépouillé. A environ 25 mètres de l'entrée, sur votre droite, se trouve une toile d'Eugène Delacroix : le Christ en Croix, réalisée en 1822 lors d'un voyage dans les Flandres, et qui fait écho à un tableau d'Anton Van Dyck, conservé dans une église de Bruges.
L'ancien prieuré a été transformé en école municipale de dessin, puis est devenu le Musée Granet, du nom d'un peintre aixois.
Il abrite notamment des tableaux de Paul Cézanne.
Sa vie durant, Cézanne se heurte à l'indifférence, voire à l'hostilité des Aixois.
Ce qui ne l'empêche pas de poursuivre son exploration artistique.
L'approbation des autres est un stimulant dont il est bon quelquefois de se méfier.
Cézanne s'enferme dans l'atelier du chemin des Lauves , qu'on peut aujourd'hui visiter, sur les hauteurs de la ville. Ou bien, plus fréquemment, s'en va sur les chemins, chevalet à l'épaule, peindre la montagne Sainte Victoire. Michel Fraisset , le directeur de l'Atelier de Cézanne, nous raconte :
Sainte-Victoire est le sujet de prédilection de Cézanne. Il la peindra 87 fois, à l'huile et à l'aquarelle. Il fait de la montagne un élément intemporel. Il n'a pas la même quête que les impressionnistes, qui vont rechercher à faire ressortir le côté éphémère d'un monument ou d'un objet. Il s'intéresse à dégager la montagne de tout contexte. Il est vrai que lorsqu'il peint Sainte Victoire, ses paysages ne sont jamais animés. Il n'y a aucune présence humaine. Il se cache des regards des gêneurs, il s'abrite derrière de grandes ombrelles de paysagistes et ça reflète également son caractère. C'était un homme taciturne, qui surtout lorsqu'il peignait, il ne voulait pas être dérangé. Et c'est une véritable communion qui s'est établie entre lui, son regard, et la montagne, qui était en quelque sorte l'objet de ses convoitises. Ce sont des portraits de Sainte Victoire qu'il réalise, ce ne sont pas des paysages .
Longtemps, je suis resté sans pouvoir, sans savoir peindre Sainte Victoire, parce que je l'imaginais l'ombre concave, comme les autres qui ne regardent pas, tandis que, tenez, regardez, elle est convexe, elle fuit de son centre. Au lieu de se tasser, elle s'évapore, se fluidise. Elle participe toute bleutée, à la respiration ambiante de l'air.
A cheval entre le 19ème et le 20ème siècle, l'oeuvre de Cézanne est basée avant tout sur la couleur, et non sur la lumière. Elle procède par une succession de plans rythmés par la géométrie. Une vraie révolution, assure Michel Fraisset .
L'apport de Cézanne dans la peinture est considérable. Il suffit de comparer deux tableaux peints exactement au même endroit, par Renoir et par Cézanne. Celui de Renoir montre une perspective assez classique, un premier plan très sombre, une Sainte Victoire à l'arrière beaucoup plus claire et beaucoup plus petite. Il introduit ainsi sa dimension à l'intérieur de l'oeuvre. Cézanne, lui, c'est par la touche qu'il va construire son oeuvre. Il n'y a plus de premier plan, il n'y a plus d'arrière-plan. Les plans se mélangent. Il y a une réelle harmonie des tons. Et c'est ainsi donc qu'il va définir la profondeur et la dimension à l'intérieur de son oeuvre.
Cézanne va inspirer tous les grands peintres du XXème et tous les premiers courants artistiques. Picasso et Matisse diront de Cézanne qu'il était le père de la peinture, le bon Dieu de tous les peintres contemporains. Et puis bien sûr les cubistes et les fauves reprendront ses théories en matière de formes et de couleurs.
La géométrie et les couleurs. Voilà qui passionne aussi un autre peintre, très lié à Aix-en-Provence. Il s'agit du Français d'origine hongroise Victor Vasarely, le maître de l'art optique.
En 1976, pour concrétiser son idée d'une intégration de l'art dans la cité, un bâtiment inspiré de ses tableaux voit le jour à l'entrée d'Aix-en-Provence, au croisement des autoroutes qui mènent à Lyon et Marseille. Cet édifice abrite depuis la Fondation Vasarely.
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