L'Abbaye de Fontfroide, 9 siècles d'histoire et d'art >

La ruelle des frères convers

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La ruelle des frères convers

Une frontière entre deux mondes

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Ici vous avez la chance de pouvoir admirer une des rares ruelles des convers encore intactes. Elle n'a quasiment pas changé depuis le moyen-âge. (Il se corrige) Enfin si : les lanternes qui sont accrochées au mur n'ont jamais éclairé le chemin des frères convers. Elles viennent d'Espagne, achetées par Gustave Fayet lors d'un de ses voyages.
Dans cette ruelle, au Moyen-Âge, c'est à la bougie que s'éclairent les frères convers. Au fait, savez-vous qui sont ces frères convers ? On en entend rarement parler et pourtant on peut dire que les abbayes cisterciennes leur doivent une bonne partie de leur puissance économique d'antan. Dès le XIIe siècle, comme les moines sont de plus en plus nombreux dans les abbayes, il faut qu'ils puissent cultiver des champs et élever des bêtes au-dehors pour subvenir à leurs besoins. Alors comme il leur est interdit de quitter l'enceinte de l'abbaye, ils systématisent le recours aux frères convers. Si ces simples fils de paysans prononcent bien des voeux religieux, leur vie n'est pas dédiée à la prière, mais au labeur. Ils travaillent dans le monastère comme artisans et surtout à l'extérieur, dans les exploitations agricoles de l'abbaye, qu'on appelle aussi des " granges ". A son apogée, Fontfroide possède 24 granges et 30 000 hectares de terre. Les convers y travaillent et si elles sont à plus d'un jour de marche, ils y vivent. Comme les moines, ils ont fait voeu de chasteté. Alors, pour ne pas s'attacher à une autre communauté, voire à une personne en particulier, ils passent d'une grange à l'autre selon un système de roulement. Et surtout, ils rentrent régulièrement à l'abbaye. Ces entrées et sorties se font par l'unique porte du monastère, laquelle donne dans cette ruelle.
Comme une seconde clôture au sein de l'abbaye, cette ruelle marque la frontière entre la partie Ouest, où vivent les convers, et la partie Est, réservée aux moines. Car les moines et les frères convers ne doivent pas se côtoyer. C'est la règle. Le moine cellérier qui gère les productions agricoles est le seul autorisé à franchir cette frontière.
C'est par cette ruelle que les convers accèdent à leur réfectoire, à leur dortoir, à la cuisine commune et au cellier. Elle leur permet aussi de pénétrer discrètement dans le fond de l'église grâce à une porte qui leur est réservée. Comme ils ne comprennent pas le latin, leurs obligations liturgiques sont de toute façon très réduites : ils doivent assister à la messe les samedi, dimanche et certains jours de fête.
On manque malheureusement de témoignages personnels sur la vie de ces frères convers, car ils ne savaient ni lire ni écrire. Il était même formellement interdit aux moines de le leur apprendre. C'est ainsi que vivaient les moines et les frères convers : très proches les uns des autres mais dans deux mondes terriblement éloignés.
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