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La Tour abbatiale et les jardins

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La Tour abbatiale et les jardins

Depuis le 17 e siècle, la tour abbatiale domine Saint-Amand-Les-Eaux et tout l'Amandinois.
Lorsque la nuit tombe sur Saint-Amand-les-Eaux, l'esprit de Nicolas du Bois qui fit de l'abbaye une véritable demeure princière, s'échappe de la tour et la survole. L'abbé se souvient alors des grandes heures de son monument :
On me prête toujours un caractère ambitieux. Mais ne faut-il pas être un bâtisseur hors pair pour faire à bâtir un tel chef d'oeuvre?...

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Imaginez que de mon temps, la nef de l'immense église occupe tout l'espace de jardins dans lesquels vous êtes. Le choeur, réservé aux religieux, est construit sur une crypte. On y accède par un escalier gigantesque.
C'est à Rubens, le grand peintre flamand, que je demande d'orner le bâtiment . Il réalise alors le prestigieux triptyque du Martyre de Saint-Étienne que vous pouvez admirer aujourd'hui au musée de Valenciennes...
Au début de sa construction en 1620, l'abbaye est bâtie sur une terre du saint empire germanique. Lorsque 50 ans plus tard, le chantier touche à sa fin, le territoire de Saint-Amand appartient à la France de louis 14. Pendant cette période, je fais construire ma chère abbaye malgré la jalousie de l'Evêque de Tournai. Celui-ci, envieux de mon pouvoir économique et politique, n'hésitera pas alors que je dis la messe, à me faire arrêter au pied de l'autel et à m'emprisonner !
Malgré l'idée reçue, cette tour de 82 mètres de haut n'est pas un beffroi, mais l'entrée de l'ancienne église de l'abbaye. Son style baroque provoque délibérément l'austérité protestante.
La tour abbatiale est entourée de deux petites tourelles. Cette architecture est spécifique de la région des Flandres et du Nord. Plus on se dirige vers le Sud, et plus les tours latérales grandissent alors que celle du centre s'efface.
Comme à Notre Dame de Paris !...
Observons la tour, du bas vers le haut, à partir de la balustrade à la base des tourelles. Vous y êtes ?...
Vous voyez la sculpture qui représente un énorme serpent enroulé ?... C'est un des huit contreforts " reptiliens " qui entourent le bâtiment.
Ils symbolisent le mal et sont systématiquement associés à Saint-Amand car on prétend que le fondateur de la ville avait vaincu le diable-serpent dans une île près de la Rochelle !...
Au-dessus de l'horloge, la date 1633. C'est la fin de construction de la tour. Le bleu, le rouge et l'or vifs des aiguilles et du cadran de l'horloge sont fidèles aux couleurs de l'époque.
On continue à monter...
Vous voyez sur la tour principale ? Un blason en forme de coeur surmonté d'une mitre et de l'inscription " pacifice ", c'est à dire " faîtes la paix ". Ce sont les armes de Nicolas Dubois.
Et enfin, tout au sommet...
Les petits carrés creusés dans la pierre permettent aux mélodies du carillon de résonner dans toute la ville !... Nous avons rencontré Charles Dairay , Maître carillonneur, en haut de la tour, devant son instrument, entouré de pigeons. Il nous explique pourquoi le carillon est une institution dans le nord :
" Donc en France, il existe 50 carillons , 25 dans le département du Nord. C'est vraiment une tradition basée dans les Flandres. Les Flandres c'est le département du Nord, la Belgique et la Hollande (...) Donc ça a démarré au 18 e siècle où à l'époque les moines jouaient le carillon pour les cérémonies religieuses. A la révolution française, le carillonneur de Valenciennes s'est déplacé sur Saint-Amand pour créer des concerts de carillon, des concerts qui se jouaient particulièrement le soir. Il a aussi donné envie à toute sa famille de s'intéresser au carillon. Il était à la fois carillonneur et garde de la tour abbatiale. Donc plusieurs générations de Lannoy oe c'est le nom de famille de ces carillonneurs oe se sont succédés jusqu'au début des années 80 où jacques Lannoy a créé une école de carillon. A partir le là, ça a vraiment démocratisé l'instrument. Et maintenant, on est une vingtaine de carillonneurs à avoir été formés à Saint-Amand , et quatre actuellement sont en fonction en haut de la tour. Tous les jours de midi à midi et demie, vous pouvez entendre le carillon sonner. "
Mais revenons au 17 e siècle. Imaginez. L'abbaye se dresse devant nous !
Ses bâtiments sont alors entourés par un mur d'enceinte, et un bras de la Scarpe a été dévié pour une meilleure protection.
On entre dans l'abbaye par un pont-levis qui donne sur une grande cour où les moines de l'ordre de Saint Benoit vendent les produits de leur travail.
La foule grouille et s'arrête devant le moine forgeron, le moine brasseur ou encore le moine qui sale les poissons !...Les odeurs fortes se mêlent au brouhaha.
Lui : Vous êtes au courant ? L'abbé Nicolas Dubois a fait emprisonner les deux moines qui ont refusé de remonter l'horloge de la tour !...
Elle : Faut dire qu'ils grimpaient les escaliers jusqu'à soixante mètre, et que là, ils mettaient une heure à la remonter l'horloge. Et deux fois par jour avec ça !...
Lui : Sûr qu'ils étaient fatigués !... On dit que dès qu'ils ont refusé leur corvée, l'abbé Nicolas les a fait jeter dans les prisons de l'échevinage !...
Elle : Moi, c'est le cloître que j'aimerais voir. Juste un carré de ciel au-dessus de ma tête pour bien prier. J'aimerais ça, moi...
Lui : Mais vous savez bien qu'il y a que les moines qui ont le droit d'y aller !...
Il y avait aussi bien sûr un scriptorium à l'abbaye de Saint-Amand . Et c'est probablement de cet endroit que provient le plus vieux poème en langue française. Il date du 9 e siècle. C'est la cantilène de sainte Eulalie .
A droite, la médiathèque...
Elle dispose d'un exemplaire du Catholicon , un ouvrage encyclopédique du 13e siècle dont il n'existe aujourd'hui que 5 cinq copies.
383 feuillets ...plus de 13 kilos....il a fallu plus de 3 ans de travail aux moines copistes qui le calligraphièrent !
N'hésitez pas à découvrir ce livre rare et précieux, aux horaires d'ouverture au public du fonds ancien de la médiathèque.
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