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Paris - Monuments

Paris- Monuments

Notre Dame

«  Chaque face, chaque pierre du vénérable monument est une page non seulement de l'histoire du pays, mais encore de l'histoire de la science et de l'art.  ». Dans son roman « Notre Dame de Paris » Victor Hugo a le mot juste. Il fait de la cathédrale une héroïne de roman et c'est un peu grâce à lui qu'elle s'élève encore aujourd'hui devant nous, et vous allez comprendre pourquoi.

Mais commençons par le début

Nous sommes au cœur du 12 ème siècle. La France reconstruit ses cathédrales, D'autres villes ont commencé les travaux : Chartres, Sens, Noyon, Senlis ou Laon,

L'évêque de Paris, Maurice de Sully décide de construire « la plus belle des cathédrales » : Notre Dame de Paris.

Elle se dressera sur l'île de la cité, berceau de la ville, à la place de la cathédrale St Etienne.

En 1163, la première pierre est posée. Imaginez le chantier pendant plus de cent cinquante ans… Les tailleurs de pierre, les maçons…

- (chef maçon) Allez courage les gars ! Soulevez-moi ce bloc de pierre ! le patron m'a dit que la cathédrale va faire 130 mètres de long sur 40 mètres de large, on, a du pain sur la planche…

- (voix fluette) Et on va monter haut ?

- (chef maçon) Elle mesurera 33 mètres sous la voûte mon ptit gars ! allez, hissez, hissez haut !

Au début du 14ème  siècle, extérieurement, Notre-Dame de Paris a enfin l'aspect que nous lui connaissons. A la transition entre le roman et le gothique, elle est alors le plus grand édifice religieux du monde occidental.

«  L'homme, l'artiste, l'individu s'effacent sur ces grandes masses sans nom d'auteur ; l'intelligence humaine s'y résume et s'y totalise. Le temps est l'architecte, le peuple est le maçon. »

L'histoire de la cathédrale, l'histoire de France, tout se confond ici. Le grand orgue a tout vu, il nous confie ses secrets

- Mon premier souvenir, c'est en l'an 1239. Saint-Louis, entre dans la nef. Pieds nus. Il porte une précieuse relique : la couronne d'épines du christ qu'il va exposer dans l'église. Aujourd'hui encore, les fidèles viennent la contempler pendant la semaine sainte.
50 ans plus tard un autre roi rentre ici mais cette fois il est à cheval, c'est Philippe Le Bel qui vient remercier la Vierge d'avoir gagné une victoire,
Je me souviens aussi de cette assemblée exceptionnelle en 1455. Un grand conseil est réuni. C'est la révision du procès de Jeanne d'Arc.

- On a aussi célébré des mariages ici ?

- Ah ! oui. En 1572, une semaine avant la Saint-Barthélemy, on prépare la noce de Henri de Navarre avec la reine Margot, la sœur du roi…mais où est le mari ? ce huguenot est resté à la porte ! oh ! , qu'il ne fasse pas son fier, c'est bien lui le futur henry 4 que je vais revoir dans quelques années quand il se sera converti au catholicisme, « Paris vaut bien une messe » dira-t-il…

- Vous avez dû assister aux transformations de la cathédrale…

- Ça c'est vrai ! Et mes tuyaux frémissent encore au souvenir de Louis 14 qui visite la cathédrale avec ses airs d'architecte ! Le gothique n'est plus à la mode et il n'hésite pas à remplacer le chœur par un chœur baroque… Ensuite ça continue, pour faire plus de lumière, on installe des vitres blanches à la place des vitraux. Et ce pauvre portail central qu'on découpe pour faire plus de place aux processions….

- Que de changements !

- Bien sûr. Mais le moment crucial, c'est la révolution…Au début, tout va bien. On célèbre même un Te deum pour fêter la prise de la bastille. Mais ça se gâte…Bientôt les révolutionnaires décapitent les statues, pillent la cathédrale et s'attaquent à tout ce qui symbolise la religion ou la royauté …Je reçois des coups de hache sur les fleurs de lys qui décoraient mes pieds. La cathédrale devient un temple de la Raison et je suis condamné à jouer de la musique profane.

- Durant cette période mouvementée la cathédrale doit être très abîmée !

- C'est vrai. Mais pourtant il va falloir donner le change pour Napoléon premier. Il veut se faire couronner par le pape dans la cathédrale. Nous sommes le 2 décembre 1804, ma demeure est délabrée… mais le couronnement sera fastueux, on habille les murs de tentures et d'ors. Pour cet événement, je n'ai pas chômé : plus de 3 heures de cérémonies…

- Que de pages de notre histoire !

- Et je ne vous cite là que les plus marquantes ! La dernière qui reste inscrite dans mes tuyaux, c'est le Te Deum de la Libération, le 26 août 1944. Quelle émotion ! Je revois encore la longue silhouette du Général de Gaule.
…Mais, parler me fatigue. Venez plutôt écouter mes harmonies les dimanches après-midi, à 17h15. Et puis, sans me vanter, on dit que je suis le Grand-Orgue le plus célèbre au monde.

En 1831, Victor Hugo sort son roman  « Notre dame de Paris ». Il s'insurge contre son délabrement « Sans doute c'est encore aujourd'hui un majestueux et sublime édifice que l'église de Notre-Dame de Paris. Mais, si belle qu'elle se soit conservée en vieillissant, il est difficile de ne pas soupirer, de ne pas s'indigner devant les dégradations, les mutilations sans nombre que simultanément le temps et les hommes ont fait subir au vénérable monument »

Cette prise de position réveille l'opinion publique qui se rend compte qu'il faut sauver ce joyau du moyen-âge.

En 1847, Viollet-le-Duc commence la restauration. Notre Dame est sauvée.

Le chantier est gigantesque, il faudra remplacer toutes les pierres abîmées, refaire les statues, reconstruire la flèche… Les travaux s'achèvent 17 ans plus tard.

C'est à cette époque que le Baron Haussmann restructure toute l'île de la cité. L'urbaniste supprime tout le quartier ancien. On ne découvre plus la grandeur de la cathédrale au détour d'une ruelle, mais avec la perspective de l'immense parvis actuel.

D'ailleurs, sous vos pieds, les pavés beiges indiquent l'emplacement et le nom des maisons du Moyen Âge, ainsi que le contour de l'ancienne cathédrale St étienne. Et puis, pendant que vous baissez les yeux, vous avez remarqué la rose des vents, fixée au sol ? Là juste en face du portail central. C'est le fameux point zéro des routes de France.

Bien, relevez maintenant la tête. Victor Hugo parle de la façade : « il est, à coup sûr, peu de plus belles pages architecturales que cette façade où, successivement et à la fois, les trois portails creusés en ogive, le cordon brodé et dentelé des vingt-huit niches royales, l'immense rosace centrale flanquée de ses deux fenêtres latérales… »

Alors commençons par le bas. Les 3 portails. Vous avez remarqué qu'ils sont de dimensions inégales ? Celui du milieu est plus large et celui de gauche a un galbe pointu. Ces détails évitent que l'ensemble ne soit trop monotone.

Le portail central est dédié au Jugement Dernier. Saint Michel pèse les âmes. Et vous voyez le diable à sa droite qui guette la balance ?

A gauche, c'est le portail de la Vierge qui porte l'enfant jésus. A droite, le Portail Sainte Anne montre trois scènes : le mariage de Joseph et Marie, à côté, la Vierge agenouillée écoutant l'annonce de l'ange Gabriel, et enfin la Vierge, assise avec l'enfant Dieu sur ses genoux. A l'origine, toutes ces sculptures étaient peintes. Un véritable livre d'image non ?!
Devant ce portail les évêques, dressaient leur Echelle de Justice a u pied de laquelle, les condamnés s'agenouillaient, têtes et pieds nus pour avouer publiquement leur crime et implorer l'absolution. Elle a été supprimée à la Révolution.

Juste au-dessus des portails ce sont les 28 rois de judas qui trônent. Ils ont été décapités et cassés par les révolutionnaires qui les ont pris pour les rois de France. Ils seront restaurés au 19ème, et on raconte que l'une des statues reprend les traits de Viollet le duc… Une sorte de blague du sculpteur quoi.

Bien. Au-dessus encore, il y a la gigantesque rose. Son médaillon central représente la Vierge à l'Enfant. Elle mesure plus de 10 mètres de diamètre je crois.

Maintenant, passons au troisième étage. Il est composé de galeries bordées par de fines colonnes, Leur légèreté contraste avec les 2 tours.

Alors pour les tours. A gauche, si vous montez les 255 marches vous arrivez à la galerie des chimères, le repère des fameuses gargouilles . Tiens, vous saviez que les gargouilles datent du 19 ème siècle et pas du moyen âge ? Tout un mythe qui s'écroule non ? Cette tour abrite 4 cloches. Dans la tour de droite, il y a le bourdon. Il ne sonne qu'aux grandes fêtes de l'année et pèse 13 tonnes. Son battant fait 500 kg. Pauvre Quasimodo ! « La vieille église, toute vibrante et toute sonore, était dans une perpétuelle joie de cloches. On y sentait sans cesse la présence d'un esprit de bruit et de caprice qui chantait par toutes ces bouches de cuivre.

Le mot de la fin ? Laissons-le à Victor Hugo

« Cette vaste symphonie en pierre, est pour ainsi dire : l'œuvre colossale d'un homme et d'un peuple.

St Germain

Ce quartier, ce village disent certains, est célèbre dans le monde entier.

Et si pour quelques minutes, si vous deveniez un germanopratin ? Un habitant de st Germain des prés.

Positionnez-vous dos à l'église. …Ca y est vous y êtes ? On va faire un tour d'horizon.

Sur le trottoir face à vous à gauche, voilà le célèbre café des 2 magots. L'un des 3 cafés du quartier qui sont devenus de véritables monuments. Il y a aussi le Flore et la brasserie Lipp à deux pas d'ici.

Ils ont accueilli et accueillent encore des célébrités du monde entier.

Dès les années 20 on y croise des artistes connus.

(Le serveur nous parle en même temps qu'il fait son service)

Qu'est-ce qu'on vous sert Monsieur Paul Eluard ? Ah mais, vous êtes venu avec votre ami Picasso.

Et les jeunes là ? Qu'est-ce qu'ils commandent vos collègues monsieur André Breton ? Pas de scandale aujourd'hui, hein ?!

Asseyez-vous Monsieur Malraux, votre table est libre. Vous êtes en avance, Monsieur Mauriac n'est pas encore arrivé.

Alors Monsieur Apollinaire ? Rêveur ? Et une absinthe pour la 7 !!

Madame de Beauvoir, Monsieur Sartre, Comme d'habitude ? Cigarette ?

(aparté) Des années qu'ils viennent tous les jours ces deux-là. Ils reçoivent ici comme chez eux…Ils parlent de philosophie, « l'existentialisme », comme ils appellent ça …

Après la guerre la jeunesse de St Germain ivre de liberté se déclare existentialiste. L ' une des muses de ce mouvement est Juliette gréco.

On se retrouve dans les caves de jazz, on écoute du bee bop, on déclame des poèmes pour payer sa note de restaurant… L'un des amis de Jean Paul Sartre et de l'équipe des temps modernes est l'un des principaux acteurs du mouvement. C'est Boris Vian. Il joue de la trompette au tabou, le célèbre club de jazz qui écrira de nombreuses pages des nuits du st Germain de ces années là.

Alors jeune homme, content d'avoir reçu le prix littéraire du café ? Encourageant pour un premier roman,

(aparté) à suivre ce Raymond Queneau..

Bonjour, ça va ce matin ? Et un café pour Albert Camus

(aparté) Plus tard, le quartier est toujours à la mode, les écrivains, les artistes de tout poil défilent sur les terrasses de ces cafés.

Et un Sherry pour Monsieur Hemingway…

(aparté) Et puis y a toute la bande du cinéma des années 60, la nouvelle vague, Brially , Truffaut, Godard, Chabrol…

Oui voilà j'arrive, c'est que maintenant en plus, y a ceux de la mode et de la couture, le quartier bouge…et, 3 dry, 3…

Continuons notre tour.

Le café borde le boulevard st Germain. Encore une Oeuvre du baron Haussmann au 19 ème siècle.

Regardez de l'autre côté du boulevard. La grande rue qui remonte à gauche va jusqu'à la gare Montparnasse. C'est de là bas qu'on va en Bretagne, c'est pour ça que cette rue s'appelle la rue de Rennes. Vous saviez qu'il lui manque les 39 premiers numéros ? Haussmann pensait continuer sa percée jusqu'à la Seine mais ça ne s'est jamais fait…

Au carrefour de la rue de Rennes et du boulevard Saint-Germain, il y a une fontaine. Elle a été offerte par le gouvernement québécois. Les enfants s'en donnent à cœur joie quand il fait chaud.

Revenons de notre côté du boulevard et nous voilà face à l'église St Germain des prés.

L ' église donne son nom au quartier. C ' est St Germain des prés. Le clocher-porche qui s'élève devant nous appartient depuis un millénaire au paysage de Paris …

Vers l'an 1000, on remplace une basilique du 6ème siècle dans laquelle les rois mérovingiens se faisaient enterrer par une abbaye bénédictine de style roman.. Cette abbaye devient très puissante, son monastère est l'un des grands centres intellectuels européens et son domaine s'étend jusqu'aux environs de Saint-Cloud. Mais avec la révolution tout est dévasté et sur les 3 clochers qui faisaient sa fierté, il n'en reste plus qu'un.

L'église actuelle et le palais abbatial, rue de l'Abbaye, sont restaurés au 19ème siècle.

Sur la gauche de l'église, un petit square abrite quelques vestiges de l'abbaye et surtout un très joli buste de Picasso sculpté en hommage à son ami le poète Guillaume Apollinaire. On raconte qu'il lui a prêté les traits de sa maîtresse Dora Maar…

Continuons notre tour d'horizon sur la gauche.

Sur le trottoir en face de l'église, un peu à droite, il y a une fontaine verte avec des nymphes. Vous l'avez vue ? C'est une fontaine Wallace.

Typiques de Paris, ces fontaines sont un don de Sir Richard Wallace. En 1870, ce riche anglais vit dans la capitale affamée par la guerre et la commune.

(wallace - accent anglais) Que faire pour les parisiens ? Ils manquent de tout. Rien à manger, ni à boire…Mais oui, c'est ça : à boire ! Fantastic  ! Je vais offrir à la ville 50 fontaines à boire. Chacun pourra se désaltérer d'eau fraîche et pure.

On les installera sur les places, les trottoirs…accessibles à tout le monde…

Il faudrait qu'elles soient belles aussi…On y fera figurer quatre statuettes, 4 femmes pour la Simplicité, la Bonté, la Sobriété et la Charité.

Observez bien, chacune est différente de ses sœurs, le genou, la tunique…

Ne pas oublier d'attacher un gobelet à une chaînette de fer, il devra toujours baigner dans l'eau pour rester propre…

Le succès populaire est immense.

On fait la queue autour de ces sources intarissables. A l'heure des repas, les ménagères se pressent avec des carafes.

Un journaliste commente :
Je connais des quartiers où il faut attendre cinq minutes avant de pouvoir aborder la petite tasse. Il faut multiplier ces bienfaisantes fontaines ! C'est une question d'hygiène et de moralité. Faire boire de la bonne eau à tout le monde et rendre moins terrible la tentation du mauvais vin, c'est là le double but qu'il faut atteindre.

Moi, si j'avais 53 minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine. Croiserez-vous le petit prince de Saint Exupéry près de celle-ci ?

La Tour eiffel

Vous voulez tout savoir sur la tour ? Comment elle est montée jusqu‘au ciel ? Pourquoi elle est restée en place ? Ecoutez !

Et bien…Je mesure 300 mètres, 324 avec mon antenne. Quand il y a du vent, ma tête peut se déplacer de 6 à 7 cm.

Je reçois beaucoup chez moi. En moyenne, 6 millions de visiteurs par an.

M es pauvres ascenseurs parcourent deux fois et demi le tour de la terre ! Oui, chaque année ! … Oh non je ne me sens pas fatiguée, et puis, on me bichonne…

60 tonnes de peinture tous les 7 ans. J'ai essayé le brun-rouge, l'ocre jaune et le bronze d'aujourd'hui, vous aimez le léger dégradé vers le haut ?

Mon âge ? Mais ça ne se demande pas…enfin, pfff , calculez, je suis née en 1889… Bientôt ils vont vouloir vérifier si j'pèse bien mes 10 000 tonnes… ah la jeunesse…


Imaginez la Tour Eiffel avant la Tour Eiffel. 1889. Les ouvriers martèlent sans relâche, pour être prêts à l'ouverture de l'exposition universelle .

(Un gars du chantier ) Deux ans que ça dure. Je sais, c'est un temps records pour un chantier pareil, mais rendez vous compte : 18 000 éléments à assembler. Avec des pièces parfois de cinq mètres, ça doit faire ses 3 000 kilos !

Comme un mécano, on fixe ça. Avec des rivets : On est à 4  pour un rivet : un qui le chauffe, un qui le tient en place, un qui forme la tête, et le dernier qui l'écrase à coups de masse. 2 500 000 rivets, vous voyez ce que ça fait ?

Voilà. Sinon, après il y a des échafaudages en bois et des petites grues à vapeur, et ça monte. Allez, merci pour la pause, mais faut finir…

Si la Tour de Gustave Eiffel est immédiatement une réussite technique, son esthétique ne fait pas l'unanimité.

Dès sa construction, on s'indigne au nom de l'art et de l'histoire de France.

"Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amateurs passionnés de la beauté jusqu'ici intacte de Paris, protester de toutes nos forces, contre l'érection, en plein cœur de notre capitale, de l'inutile et monstrueuse Tour Eiffel »

C'est le journal Le Temps, qui publie cette Protestation contre la Tour.

- Qu'est-ce que c'est que ce lampadaire véritablement tragique ? On dirait un mât de fer, inachevé, confus, difforme…

- Ou plutôt un tuyau d'usine en construction !

- C'est pas possible ! Cette carcasse attend d'être remplie par des pierres de taille ou des briques.

- C'est tout bonnement un suppositoire criblé de trous

- Moi Guy de Maupassant je m'oppose à cette haute et maigre pyramide d'échelles de fer, squelette disgracieux et géant, dont la base semble faite pour porter un formidable monument de Cyclopes, et qui avorte en un ridicule et mince profil de cheminée d'usine .

On parle des autres monuments humiliés, des architectures rapetissées, qui disparaîtront dans l'ombre de l'odieuse colonne de tôle boulonnée".

Celui qu'on traite de vulgaire constructeur de machines répond  :
(Eiffel ) « Je prétends que les courbes des quatre arêtes du monument, telles que le calcul les a fournies donneront une grande impression de force et de beauté; car elles traduiront aux yeux la hardiesse de la conception dans son ensemble »

Les polémiques disparaissent face au succès populaire de la tour : deux millions de visiteurs pendant l'Exposition de 1889.

Et puis, l'ingénieur cherche une utilité pour sa Tour. La concession qu'il a signée avec la ville s'arrête dans 20 ans. Dès 1889, un laboratoire météo est installé au sommet de la Tour. Puis en 1898 on fait le premier essai de transmission radio entre la Tour Eiffel et le Panthéon. 10 ans après c'est le télégraphe sans fil. Et l'armée transforme la station provisoire en installation permanente.

Plus tard, la tour accueille la radio et le premier "journal parlé" dans les années 20, puis.. La télévision.

La tour est donc sauvée de la démolition par son utilisation scientifique.

Ya bien eu un malin qui a essayé de faire croire le contraire à un ferrailleur dans les années 20. Il lui a dit qu'elle serait démolie, avec papier à en-tête de la ville et tout, et il a vendu la dame de fer, au poids, à ce qui paraît…ça c'est de l'arnaque !

Cette tour qui se détache dans le ciel de Paris reçoit des visiteurs prestigieux et provoque aussi la surenchère dans les exploits.

Dès son ouverture, la Tour accueille de nombreux invités de marque, vous les reconnaissez ?

En 1889, elle est la coqueluche des planches parisiennes ….c'est Sarah Bernhardt.

L'inventeur de l'ampoule électrique et du phonographe rend visite à Gustave Eiffel…. c'est Thomas Edison

Un fameux cowboy américain, avec bottes et cheveux longs explore la Tour … Voici Buffalo Bill en personne.

A 85 ans il monte au 1er étage par les escaliers… c'est un éléphant, celui du cirque Bouglione

Et dans le même genre, celui qui inaugure la patinoire en 1969  … est l'ours du cirque de Moscou

En 1962 elle chante paname et le ciel de Paris devant 25 000 parisiens … c'est Edith Piaf

Et celui qui ne craint pas de monter au ciel ?…. Voilà Youri Gagarine le premier cosmonaute, qui monte au troisième étage

La liste pourrait continuer !

Oui, mais parlons aussi des nombreux défis que la tour inspire. En 1905 Le quotidien "Le Sport" lance déjà le "Championnat de l'escalier . Et puis, on fait des paris, descendre ou monter la tour à vélo, en échasse, en moto, dernièrement même en vtt….

En 1912, un tailleur se jette du premier étage avec un vêtement parachute de son invention. L'autopsie révellera qu'il est mort de peur avant de s'écraser au sol.

Plus chanceux en 1984, ces jeunes mariés qui font un voyage de noces de 45 secondes ! Ils ont trompé la vigilance des gardiens et ont sauté en parachute. Et ils vécurent heureux…

Et cet ancien du Vietnam qui passe en avion entre les piliers de la tour “ just for fun”.

Et puis en 1989 le funambule Philippe Petit qui traverse, la Seine sur un cable tendu du Trocadéro au deuxième étage de la Tour Eiffel.

Mais ne tentez pas votre chance, tout ça est bien dangereux…

Il faut dire, que même la nuit, la tour brille dans le ciel de Paris.

Dès sa construction, elle est éclairée avec des bec de gaz.

Aujourd'hui, la Tour est illuminée de l'intérieur. Mais, en matière de lumière, c'est l'embrasement du passage à l'an 2000 qui reste dans les mémoires. Souvenez-vous. Le décompte … 

Vous voyez la statue dorée au pied du pilier nord ? C'est Eiffel. Est-ce qu'il imaginait que son œuvre deviendrait l'emblème de Paris ?

(Eiffel) «  Je crois, que la Tour aura sa beauté propre.

Parce que nous sommes des ingénieurs, croit-on donc que la beauté ne nous préoccupe pas dans nos constructions ? Et qu'en même temps que nous faisons solide et durable, nous ne nous efforçons pas de faire élégant?  »

C'était en 1889. Un petit parisien venait de naitre : Maurice chevalier

 

L'Arc de triomphe

1806. L'empereur Napoléon Bonaparte revient couvert de gloire de la bataille d'Austerlitz. « Je souhaite élever un monument qui célèbrera le courage de l'armée impériale, un monument à la gloire de la grande armée».

Vous allez voir que ce symbole patriotique a été confirmé par l'histoire.

Vous avez remarqué que 3 autres victoires napoléoniennes ont donné leur nom à 3 rues qui partent d'ici ?

Quand Napoléon divorce de Joséphine qui ne lui donne pas d'enfant, un mariage est arrangé avec Marie-Louise, fille de l'empereur d'Autriche. Mais en 1810 l'arc n'est pas terminé ! Qu'à cela ne tienne, le cortège nuptial fait une entrée triomphale sous…un trompe l'œil ! Et oui, on a tendu des toiles peintes sur une charpente en bois pour créer une maquette grandeur nature de ce que sera l'édifice !

Plus tard, le projet est stoppé par la chute de l'empereur. Il ne verra jamais son arc de triomphe. C'est 30 ans après, le 29 Juillet 1836 que Louis-Philippe inaugure enfin cet édifice à la gloire de Napoléon.

“Avec ces quatre arcs je prétends alimenter le sculpture de France pendant 10 ans.. ” Malgré le souhait de Napoléon, il n'y aura qu'un seul arc. Mais ses 50 mètres de haut et ses 45 mètres de large en font l'un des plus grands dans son genre.

La construction est confiée à Jean François Chalgrin.

Alors commençons par le pilier de gauche.

Au pied, c'est la représentation du Triomphe par Cortot. Il célèbre le traité  de Vienne signé après la victoire de Wagram en 1809.

Levez les yeux au dessus. Vous voyez le bas relief de forme rectangulaire ? Il illustre la victoire de Napoléon à Aboukir en 1799. C'est pendant la campagne d' égypte . Regardez, on voit Napoléon, victorieux sur son cheval, et un prisonnier se prosterne aux pieds de l'empereur en signe de soumission.

Au dessus, la frise qui couvre toute la largeur de l'arc montre le départ des armées françaises. Sur l'autre façade c'est leur retour.

Maintenant, redescendez sur le pilier de droite. A nouveau, un bas relief rectangulaire qui représente les funérailles du Général Marceau .

De l'autre côté, il y a aussi une belle représentation de la bataille d'Austerlitz. Mais restons encore face à ce pilier droit, parce qu'en dessous, vous avez l'une des pièces maîtresses du monument. C'est « le départ des volontaires » sculpté par Rude. Des générations d'écoliers la connaissent sous le nom de « la Marseillaise ». Sa dimension est imposante presque 12 mètres par 6 ! On y voit la Nation qui conduit les français au combat pour préserver leur liberté. La femme ailée représente l'esprit de la Liberté qui alarme la Nation de l'invasion ennemie.

Donc dès l'origine, l'Arc de triomphe est un emblème du patriotisme. Et les célébrations patriotiques continueront de se succéder.

Ça commence dès le 14 juillet 1919. Les troupes victorieuses défilent sous l'édifice. On y enterre un soldat anonyme en souvenir des héros de la première guerre, et à partir de 1923, la flamme du soldat inconnu brûle au centre exact du monument. Depuis, tous les jours, à 18h30, on ravive cette flamme immortelle.

Plus tard, le général de Gaule, arrive dans le Paris libéré et défile sur les Champs-Élysées en liesse. Il vient se recueillir sur cette tombe.

Si l'arc de triomphe pouvait parler, il vous raconterait aussi d'autres événements comme le retour des cendres de Napoléon Bonaparte le 15 décembre 1840 : le cortège passe juste sous l'Arc de Triomphe.

Et aussi cette nuit de mai 1885. On veille le corps de Victor Hugo avant de l'emmener au Panthéon. Il est allongé sous ce «  monceau de pierres sur un monceau de gloire » comme il le décrivait.

Il y a aussi, cet épisode plus drôle de l'histoire…

C'était en 1919, après la Grande Guerre ... C'est Godefroy, un aviateur qui réussit à passer sous la voûte avec son aéroplane. Sûr, que la maréchaussée était pas pour. Mais, pas dégonflé, notre « loustic » convoque quêques journalistes et même « un tourneur de cinématographe » ! En fait le message du gars était simple : il trouvait que l'aviation avait pas eu sa place dans le défilé de la victoire. Alors comme n'importe quel fantassin, y voulait passer sous l'arche. Et il l'a fait !

Enfin, parlons un peu de la place de l'étoile. Elle est considérée comme le chef d'œuvre d'Haussmann.

En 1854, après la place de la Concorde et les Champs-Élysées, la place de l'étoile est réaménagée, sous l'œil implacable du baron Haussmann.

- Rappelez-nous pourquoi le Baron Haussmann est si connu.

- Paris doit son visage actuel à l'action du Baron Haussmann. Il est préfet de 1853 à 1870 sous Napoléon 3. L'empereur veut faire de Paris une ville moderne.
Haussmann crée des percées , ces grandes avenues rectilignes bordées d'arbres. Il détruit les quartiers médiévaux avec ces petites rues qui pouvaient se couvrir facilement de barricades, alors que les grandes avenues permettront à l'armée d'intervenir rapidement en cas de soulèvement.

- Qu'ont-ils de spécial ces immeubles haussmanniens ?

- Ils sont en pierre de taille, très homogènes, avec un balcon sur toute la longueur au deuxième et cinquième étage, le toit est percé de lucarnes pour les chambres de bonnes.
Haussmann crée LE style de l'immeuble bourgeois de la fin du 19 ème siècle

- Quelles sont ses autres réalisations ?

- C'est aussi à lui qu'on doit le nouveau réseau d'eau potable, un réseau d'égouts modernes, 2000 hectares de parcs et jardins (depuis les deux grands bois jusqu'aux petits squares dans chaque quartier). Et puis il crée des théâtres des hôpitaux des mairies…

- Et pour la place de l'étoile ?

- Pour lui, les grands monuments doivent s'inscrire dans une belle perspective et s'intégrer dans une ville homogène.
Autour de la place, les 12 hôtels particuliers sont conçus par l'architecte Hitorff . Chacun d'entre eux devra avoir son jardin sur la place et une entrée dans les rues adjacentes.
A la fin de sa vie, Hausmann considère cette place comme son chef d'œuvre.

Chaque année, l'Arc de Triomphe est le passage obligé de toutes les grandes manifestations républicaines, comme le 14 juillet par exemple.

Et puis c'est devenu le lieu de rassemblement des parisiens pour de nouvelles occasions patriotiques, je veux parler de certaines victoires sportives…

Enfin, pour fêter un événement plus poétique, venez admirer sous l'arche, le triomphe…. du soleil qui se couche.

Le Louvre

Il faut certainement plusieurs jours pour découvrir le Louvre, mais saviez vous qu'il a fallu plus de 800 ans pour qu'il se construise ?

La pyramide est la nouvelle entrée du Grand Louvre…

J'peux vous en causer moi d'la pyramide, j'suis laveur de vitres.'fin , ici c'est plutôt voltigeur…ah ces vitres ! Vous vous rendez compte ? Y zont inventé un verre exprès pour qui soit plus transparent que transparent. Et vous savez combien ya de pièces de verre ? 793 exactement. Les gus qui les ont découpées, y z'ont mis 3 mois, vitre par vitre ! En plus, c'est le double de vitres qui z'ont livré, parce que, pour la maintenance, y a une pyramide de rechange qui est stockée dans les entrepôts. Vous l'saviez ça ?

L'architecte y disait qui voulait la transparence pour que l'espace reçoive la lumière du jour, et que de l'intérieur on voye le palais et tous ses pavillons. Et ben c'est aussi grâce à moi, que ça marche ! Propre non?

- Mais le Grand Louvre, ce n'est pas seulement la pyramide ?

- Non, bien sur. Le projet du grand Louvre a consisté à rendre la totalité du palais au musée. L'aile Richelieu que vous voyez sur votre gauche était occupée par le ministère des finances… Il a fallu revoir la présentation des collections, repenser la place de chaque œuvre ! Et puis, créer un parking, une galerie commerciale….et aussi le jardin du Carrousel qui rejoint celui des Tuileries après le petit arc de triomphe .

- Mais qui est à l'origine de ce projet ?

- Depuis les années 70, les collections du Louvre sont trop à l'étroit. C'est le président de la république, François Mitterrand, qui soutient ce projet. Et l'architecte Pei planche sur le sujet.
L'américain revoit totalement l'organisation du musée et propose la construction de la pyramide dans la cour napoléon.

- Une Pyramide ! construite par un américain ! Ça a dû faire du bruit !

- C'est le moins qu'on puisse dire. Le débat était passionné. Mais c'est normal quand il s'agit de l'un des monuments les plus importants de France …

- Mais alors comment s'est réglée la controverse ?

- Et bien entre autre, le maire de Paris, Jacques Chirac a demandé une simulation de la pyramide. On a tendu des câbles avec une immense grue... et du 1 er au 6 mai 1985, cinquante mille curieux ont défilé devant une fausse pyramide….

- Et ???

- Et le projet a été accepté !
Voilà comment l'architecte défendait sa pyramide dans la presse :

« Je pense qu'il y a certaines formes idéales qui sont placées hors du temps. Et la pyramide est une de ces formes. Peu importe qu'elle soit placée dans le désert ou au centre d'une ville. Nous utilisons la technologie du 21 ème siècle pour construire une forme suggestive de l'antiquité, mais néanmoins, à mon avis, absolument hors du temps. »

La pyramide ouvre en 1989.

Après plus de 15 ans de travaux, Le "Grand Louvre" a doublé sa surface d'exposition avec 60 000 m² de salles d'exposition et des oeuvres qui présentent 11 millénaires de civilisation et de culture.

Aujourd'hui, comme dit son architecte :

« Le Louvre épouse à nouveau la modernité de son époque. C'est dans sa tradition.

L'architecture doit pour moi arriver à réaliser une alliance courageuse du futur et du passé. »

La renommée internationale du musée fait parfois oublier qu'à l'origine, c'était un palais. Les rois, les empereurs, les présidents ont tous rêvé de le transformer.

Il a connu les bals, les crimes, les mariages, les naissances qui ont fait l'histoire de la France

Nous sommes à la fin du 12 ème siècle. Paris s'agrandit vers la rive droite de la Seine. Philippe Auguste commande un rempart pour entourer ce nouveau quartier et un grand donjon qui protège la forteresse. Le Louvre est né.

Au départ, c'est une prison, et les rois habitent l'île de la cité.

Au 14 ème siècle Charles 5 transforme la forteresse en résidence. Et tout change en 1528, quand François 1 er , décide de baser le pouvoir royal à Paris. « Notre intention est de faire la plupart de notre demeure en notre bonne cité de Paris. Sachant que notre château du Louvre est un lieu plus commode pour nous loger, nous avons décidé de faire réparer et remettre en ordre ledit château ». Et puis, il le décore son château ! C'est à ce moment là qu'il achète un portrait qui deviendra l'un des plus célèbres au monde. Et oui, la Joconde ! Elle a été volée, puis retrouvée. Elle a voyagée aux états unis et au Japon, mais reste indissociable du Louvre. Elle est la star de l'aile Denon sur votre droite.

Mais revenons au palais. Et aux épisodes sanglants qui s'y déroulent le 24 août 1572. C'est la St Barthélemy. Les catholiques massacrent les protestants. Le futur Henry 4 se cache ici, dans la chambre du roi. Ses compagnons sont poignardés aux portes du Louvre. Quand il revient à Paris pour régner, Henry 4 n'est pourtant pas rancunier. Il a même un grand projet qu'on appelle « le grand dessein » : réunir le palais du Louvre avec son voisin d'en face celui des Tuileries construit par Catherine de Médicis. Mais le chantier est énorme et Henry 4 meurt prématurément, assassiné par Ravaillac.

Louis 13 lui succède. Il préfère promener son chameau dans la cour ou contempler sa volière, plutôt que de penser architecture. Il faut dire que le nouveau roi n'a que 9 ans…. Plus tard, c'est ici qu'il conçoit avec sa femme Anne d'Autriche, le petit Louis, le futur roi soleil.

Louis 14 est un grand amateur d'art. Il rénove le palais et y installe sa collection. Lorsqu'il quitte le Louvre pour s'installer à Versailles, tout naturellement, les artistes qu'il logeait, puis l'Académie de peinture restent sur place. Le palais devient une immense résidence d'artistes gratuite, et très à la mode ! Aujourd'hui on appellerait ça un squat artistique !

Au milieu du 18 ème siècle, les collections royales jusqu'alors réservées à l'élite sont présentées au public. Le siècle des Lumières et de l'encyclopédie, voit la rénovation du Louvre, et la révolution en fait le muséum central des arts. Une grande nouveauté pour l'époque.

En 1803, le muséum français change de nom. Devinez ! il s'appelle le musée Napoléon !

L'empereur se débarrasse des artistes qui squattent toujours le Louvre « qu'on fasse partir ces bougres là. Ils finiraient par brûler mes conquêtes et mon musée. » . Il relance le projet d'un immense palais jusqu'aux tuileries… Il n'y arrivera pas plus que ses prédécesseurs, puisqu'il abdique en 1814… C'est son neveu, napoléon 3 qui concrétise enfin l'affaire. Pendant 5 ans, 3000 ouvriers travaillent sur le chantier. En 1857, le nouveau le Louvre est inauguré. Il aura fallu plus de 300 ans pour réaliser ce « grand dessein ». Mais, fatalité du sort, à peine réalisé, le projet est réduit en cendres. Les flammes de la commune de Paris dévastent les tuileries en 1871. Heureusement, elles épargneront le louvre.

He, sinon, un dernier truc, rev'nez m'voir le premier dimanche de chaque mois, vous pourrez rentrer gratis, si si c'est permis, et c'est pour tout le monde. Allez. à la revoyure.

Le sacré-cœur

Vous savez pourquoi le Sacré-Cœur est perché sur cette butte à 129 mètres d'altitude ? Et comment on a fait pour le faire tenir dessus ?

- Bon, tout d'abord, la construction de la basilique est décidée à la suite d'un vœu national. Pendant la guerre de 1870, 2 chrétiens font le serment de faire édifier une église « à la gloire du sacré cœur de Jésus » pour expier les péchés passés et à venir qu'ils jugent responsables des malheurs de la France.

- Reste à trouver l'endroit…

-Oui. Où construire ce nouveau phare de la chrétienté ? A Paris bien sûr. Et plus exactement sur un lieu visible de loin, un lieu sacré depuis longtemps : la butte Montmartre . C'est déjà un lieu de pèlerinage depuis que, comme le veut la tradition, saint Denis, décapité ici au 3ème siècle a remonté la butte, sa tête à la main.

Mais le "Mont des Martyrs" n'est pas seulement un lieu sacré. C'est aussi une vraie position stratégique. Elle sera d'ailleurs le berceau de la commune de Paris et de ses journées sanglantes.

1871. C'est la fin de la guerre contre la Prusse, l'envahisseur défile sur les Champs Elysées.

Ici, sur le plateau de la butte désert, on installe 171 canons, face à Paris, pour se défendre contre l'ennemi. Mais le gouvernement français donne l'ordre de les enlever ! Trahison ! Notre gouvernement veut-il pactiser avec l'occupant ? Il faut prendre en main la direction des affaires publiques. Le peuple en a assez de ses gouvernants. Et notre maire de Montmartre, Clemenceau peut bien essayer, il n'arrêtera pas le nouveau mouvement ouvrier. Le peuple doit prendre le pouvoir même au prix du sang <c'est la lutte finale…>

Thiers, depuis Versailles matera la rébellion au prix de 20 000 morts.

- On commence la construction après la commune ?

-Oui. Et pour financer les travaux de la basilique, on lance une souscription publique. Il s'agit de sponsoriser la construction selon des tarifs soigneusement étudiés :

« Pour une pierre cachée c'est 120 francs. Pour une pierre apparente avec 5 initiales non visibles c'est 300 francs. Pour une colonne, il vous en coûtera de 1 000 à 5 000 francs et un pilier de 5 000 à 100 000 francs.

Tout article à 1000 francs et plus vous donne droit à une inscription apparente, un chiffre, ou des armoiries…Pour les bourses plus modestes nous avons une carte à points. Idéale pour les familles ou les groupes, elle est divisée en 1271 petits carrés qui valent chacun 10 centimes. »

10 millions de fidèles répondront à cette souscription.

-une sacrée opération de marketing !

- La construction commence en 1875 sur les plans de Paul Abadie. Il faut préparer les fondations , et ce n'est pas une mince affaire ! Le sol est truffé de galeries souterraines qui mènent aux carrières sous la butte.

Ici, on exploite des carrières de calcaire depuis les romains. Elles fournissent la matière première des constructions du vieux Paris.

Mais l'exploitation intensive et les nombreux souterrains provoquent des effondrements. Certaines rues sont coupées par de véritables ravins !

A partir de 1835, les plaintes des habitants sont de plus en plus nombreuses et on interdit l'exploitation des carrières en 1860, date à laquelle Montmartre devient l'un des 20 arrondissements de Paris.

Au 19 ème siècle, ces carrières sont entourées de mystères.

On parle d'une crypte sacrée dans laquelle saint Denis aurait dit une messe clandestine…Certains la cherchent toujours…

Et puis les carrières ont mauvaise réputation. Les voyous ou les fuyards y trouvent refuge. Les superstitions vont bon train : on évoque des réunions sataniques, des crimes même !

Toujours est-il que ce labyrinthe souterrain offrira un excellent terrain de recherches à Cuvier le père de la Paléontologie.

Le comblement de ces carrières est à l'origine de la place st Pierre taillée dans la butte, en bas, aux pieds du Sacré Cœur.

-Pour les fondations, il faut creuser 83 puits à 38 mètres de profondeur. Une fois comblés, ils servent de piliers. Sans eux, la basilique s'enfoncerait dans la glaise. Vous savez ce que disent les mauvaises langues ? Que ce n'est pas la colline qui soutient la basilique mais la basilique qui fait tenir la butte !

Bref, les travaux continuent jusqu'en 1914.

- c'est l'inauguration ? Euh, je veux dire la consécration ?

- Pas encore.

Même si tout est prêt pour la consécration, y compris la Savoyarde, la cloche de 19 tonnes. Parce que la guerre mondiale éclate. Le Sacré Cœur ne reçoit vraiment son titre de basilique, lieu de pèlerinage, qu'en 1919.

Il faut rajouter que son architecture romano byzantine est très controversée. Pas très moderne…Imaginez, elle est contemporaine de la tour Eiffel!

Et puis les anticléricaux lui reprochent une présence trop forte sur la ville. D'ailleurs, si on aperçoit sa blancheur de si loin, c'est parce que la pierre utilisée pour sa construction contient du calcin qui a la propriété de durcir et blanchir sous l'action de la pluie et du soleil.

- Et bien maintenant je suis incollable sur cette construction incroyable !

- Et je ne vous ai pas tout dit ! Mais, je vais vous confier un dernier petit secret. Revenez ici en fin de journée, asseyez-vous sur les escaliers c'est un endroit de rêve pour profiter du coucher de soleil sur Paris. Mais ne le dites pas à tout le monde…

Le Centre Pompidou

Nous sommes au centre Georges Pompidou, Beaubourg pour les intimes

« Je voudrais passionnément que Paris possède un centre culturel …qui soit à la fois un musée et un centre de création. Où les arts plastiques voisineraient avec la musique, le cinéma, les livres, la recherche audiovisuelle. La création, évidemment serait moderne et évoluerait sans cesse. »

En 1972, quand il fait cette déclaration au journal le Monde, le président Georges Pompidou imagine-t-il le succès qu'aura ce lieu ?

Essayons de percer les secrets du succès de Beaubourg.

C'est d'abord l'architecture qui joue un rôle capital dans ce succès. Son concept est extraordinairement innovant.

On s'approche plus de l'usine que de la cathédrale de la culture.

Vous connaissez le surnom du centre ? C'est la raffinerie !

- Alors quel est le parti pris de cette architecture ?

- C'est d'abord de laisser une totale liberté d'espace à l'intérieur. Donc, les architectes installent à l'extérieur, le squelette du bâtiment. Par exemple les croisillons de couleur blanche que vous voyez soutiennent l'édifice.
Ensuite ils choisissent de mettre en scène ce qu'ils appellent « les tripes du bâtiment ». Vous les verrez bien en faisant le tour. Les tuyaux par exemple.

- Ah oui les tuyaux, on m'a dit que les couleurs correspondaient à une fonction précise…

- Oui, c'est l'artiste Fromanger , qui les a définies.

- Les tuyaux bleus ?

- c'est pour l'air,

- les tuyaux verts ?

- pour l'eau,

- le jaune ?

- pour l'électricité,

- le rouge ?

- pour la communication, regardez les ascenseurs par exemple.
Et les grandes cheminées d'aérations sont blanches, c'est les trompes d'éléphant en haut de la piazza.
Bien. Et puis il faut parler de la façade transparente. L'intérieur n'est plus mystérieux pour le curieux, vous imaginez si tout était opaque ?
Ah et aussi une dernière chose…

- Oui ?

- Prenez la chenille, euh, je veux dire l'escalator, et montez au dernier étage, c'est gratuit. Là aussi les architectes ont étonné : ça surprend une immense surface inutilisée, mais c'était encore une fois cette volonté d'ouverture sur l'extérieur qui les animait…et alors, la vue… .

Les architectes sont choisis par concours. Le jury retient le projet de l 'italien Renzo Piano et de l'anglais Richard Rogers parmi les 681 propositions venues du monde entier.

Que dit Renzo Piano ?

«Au fond, le projet du futur centre Pompidou était une provocation. Nous avons délibérément opté pour une forme très élémentaire, presque industrielle. Nous voulions gommer le côté intimidant des bâtiments institutionnels voués à la culture... Et plus les critiques nous reprochaient cette idée d'usine culturelle, plus notre satisfaction grandissait. »

De 1972 à 1977 un paquebot de 166 mètres de long 60 mètres de large émerge sur le plateau.

Vous imaginez ? Il a été construit en pièces détachées et monté comme un gigantesque meccano !

En janvier 2000, le Centre Pompidou s'est refait une beauté. Il rouvre ses portes après deux ans de rénovation. Le centre devient un lieu de divertissement plutôt qu'une corvée culturelle, et ça marche.

Son succès c'est aussi toutes les disciplines de l'art en un même lieu. Quelque chose de nouveau à l'époque.

Et puis, Georges Pompidou est amateur d'art moderne.

«  il faut donner aux artistes une possibilité de contact avec un public plus large que celui des galeries, pour amener un public nombreux à découvrir l'art contemporain »

Son souhait est exaucé : Le musée abrite la première collection au monde sur le 20 ème siècle avec le musée d'art moderne de New York .

Quelle autre raison au succès ? Sûrement sa situation en plein cœur de Paris. Avec la piazza devant le centre….

« une invention essentielle. C'est un lieu de spectacle qui agit sur l'ensemble du site. . » Elle offre du recul pour que le Centre ne semble pas trop monumental. Et naturellement, la pente emmène le visiteur vers le hall d'accueil.

A droite, elle se prolonge par la place Stravinski avec la fontaine animée par les mobiles en fer de Jean Tinguely et les personnages colorés de Niki de Saint-Phalle ; en hommage au compositeur du sacre du Printemps.

Mais revenons sur les raisons du succès de Beaubourg. Le soutien de Pompidou malgré les controverses y est certainement pour quelque chose.

Il inaugure ici la politique présidentielle des grands projets culturels. Avant le musée d'Orsay, le musée Picasso, la Villette, l'opéra bastille ou le grand louvre.

« A l'origine, notre projet pouvait sembler irréaliste. Mais Georges Pompidou portait une grande attention à notre travail, c'était un vrai encouragement. On me demande souvent s'il a été effrayé par le projet. Je ne crois pas. Surpris, oui, effrayé, non. »

Voilà ce qu'il déclarait : «  Tout cela coûte cher, je le dis franchement. Mais sur plusieurs années, c'est finalement une goutte d'eau dans le budget de l'état et, si l'objectif est atteint, ce sera une réussite sans précédent. »

Au départ, les responsables prévoyaient une fréquentation quotidienne de 10 000 personnes.

Plus de vingt ans, et quelques 160 millions de visiteurs après, avec 25 000 personnes par jour, le centre Pompidou dépasse les espérances des plus optimistes. Et les secrets de son succès se réinventent encore tous les jours.